COMMENT SE RÈGLE LA PRODUCTION
Les crises,
La crise, comme le mot le dit assez clairement, c’est une
perturbation brusque dans l’équilibre économique. Mais elle
peut ètre étudiée sous deux aspects très différents et même
opposés.
Les crises peuvent apparaître comme des espèces de
maladies de l’organisme économique : elles présentent des
caractères tout pareils à ceux des innombrables maux qui
afiligent les hommes. Les unes ont un caractère périodique,
les autres sont au contraire irrégulières. Les unes sont
courtes et violentes comme des accès de fièvre ; elles se
manifestent de même par une férte élévation de température
suivie d’une brusque dépression, les autres sont lentes
comme des anémies, dit M. de Laveleye. Les unes sont loca-
lisées à un pays déterminé, les autres sont épidémiques et
font le tour du monde, comme le choléra.
Mais ces comparaisons supposent que la crise est un phé-
nomène de l’ordre pathologique. Or, ne faudrait-il pas y voir
plutôt un phénomène de l’ordre physiologique, c’est-à-dire
des manifestations qui n’ont rien d’anormal et sont très com-
patibles avec un parfait état de santé? plutôt même les
poussées d’une vitalité exubérante, des crises de croissance,
en fonction du progrès économique et qui en seraient peut-
être même la condition nécessaire? Et si jamais les crises
devaient disparaître, ne serait-ce pas le symptôme plutôt
attristant d’une société enlisée dans « l’état stationnaire ? ».
Ainsi nous voyons se dessiner deux conceptions des crises :
l’une pessimiste, l’autre optimiste, et cette opposition de
vues sur leur nature va nécessairement entraîner des diver-
gences tant quant à la façon de les expliquer qu’aux moyens
de les conjurer.
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