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comprendre également les produits consommés sur place, c’est-à-dire qui quittent
un département de la ferme pour un autre où ils seront employés. Comme exemple
type de produits consommés sur place, on peut citer le fourrage produit par la
ferme qui sert à nourrir son bétail et le fumier récolté dans ses étables et répandu
sur ses champs. Il est incontestable que les produits consommés sur place constituent
essentiellement une forme de production, car toute chose créée à la ferme rentre
dans sa production, quel que soit l’usage auquel elle est employée. D’autre part,
ces produits rentrent également dans le compte des frais, parce que toute valeur
consommée fait partie des frais. Toutefois, sur les livres du fermier, la consomma-
tion de produits sur place figure uniquement à titre de quantités dont la valeur
n’est pas indiquée, de sorte que la détermination de son total devient une question
d’appréciation d'autant plus incertaine que les prix auxquels il convient de
l’évaluer — en admettant qu’elle soit enregistrée d’une manière quelconque —
sont extrêmement discutés *.
Bien qu’elle soit adoptée par différentes autorités, la méthode simplifiée,
consistant à exclure les produits consommés sur place, ne peut être considérée
comme satisfaisante. Les résultats auxquels elle aboutit sont évidemment plus
ou moins inexacts, suivant l’importance de cette consommation ?. En interprétant
ces résultats à la légère, on peut aboutir à des conclusions bizarres. En comparant,
par exemple, une ferme qui produit elle-même les matières premières qu’elle con-
somme (fumier, fourrage, etc.) à une autre qui achète tous ses produits à l’exté-
rieur, il pourra sembler que la première dépense proportionnellement beaucoup
plus pour sa main-d’œuvre, ce qui s’explique par le fait que, pour la deuxième,
la somme totale dépensée pour acheter des produits qui, précisément sert de base
de comparaison pour l’évaluation du coût de la main-d’œuvre, est extrêmement
élevée. En fait, cette conséquence apparente n’aura aucune signification sociale.
S’il est impossible de déterminer la valeur des produits consommés sur place,
on peut calculer dans la monnaie du pays le coût absolu de la main-d’œuvre par
unité de terrain cultivé ou par unité de production végétale ou animale. Les com-
paraisons internationales sont alors compliquées par les questions monétaires.
! Le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse tiennent compte uni-
quement des opérations en espèces et ont exclu les transferts de produits d’un département
de la ferme dans un autre.
? Pour la mono-culture extensive, par exemple, cette méthode ne présente pas d’incon-
vénients. Dans une exploitation de la zone du blé de l’Amérique du Nord, produisant une
seule céréale, ou dans une ferme de Sicile, s’occupant uniquement de l’élevage des moutons,
les dépenses en espèces correspondent assez exactement au coût de la production. En fait,
pour cette dernière catégorie d’exploitations, le professeur Tassinari admet que la consom-
mation sur place peut être considérée comme nulle. Dans les exploitations de ce type aucun
produit ne passe d’un département dans un autre; tous sont destinés à la vente et à la con-
sommation. On peut leur opposer le cas d’une ferme qui fabrique du beurre avec de la crème
provenant de ses vaches qu’elle nourrit avec le fourrage récolté dans des champs qui lui appar-
tiennent, et qui ont peut-être été fumés avec les produits d’un autre département de l’exploi-
tation. Le coût de production de ce beurre ne sera évidemment pas facile à évaluer. Il est
même extrêmement difficile de déterminer, dans un cas de cette nature, sur quelle base le
coût du travail de la fille de laiterie doit être évalué. Or, ce cas n’est pas rare. Dans un grand
nombre de fermes, la consommation sur place est supérieure aux ventes et achats.