Full text : Les questions fondamentales du marxisme

118 G. V. PLÉKHANOV
nature extérieure et les lois qui règlent la vie corporelle et spirituelle
 de l’homme sont « deux groupes de lois que nous pouvons
 encore séparer, à la rigueur, dans l’imagination, mais jamais
 dans la réalité » (Anti-Dühring). C’est là la doctrine de
l’anité de l’être et du penser, de l’objet et du sujet dont nous
avons parlé plus haut. Pour ce qui est de l’espace et du temps,
voir le chapitre V de la première partie du livre indiqué. On
voit dans ce chapitre que l’espace et le temps étaient pour Engels,
 comme pour Feuerbach, non seulement des formes de
l’intuition, mais aussi des formes de l'être.
(13) Feuerbach a dit de sa philosophie : « Ma philosophie
ne peut pas être épuisée par la plume, il n’y a pas place
pour elle sur le papier ». Mais cette phrase n’avait pour lui
qu’un sens théorique. Il déclare plus loin : « Car, pour elle
[c’est-à-dire pour la philosophie de Feuerbach], le vrai n’est
pas ce qui a été pensé, mais ce qui a été, en même temps que
pensé, également vu, entendu et senti » (Aphorismes posthumes,
dans le livre de Grün, t. II, p. 306).
(14) Ernest Haeckel (1834-1919), célèbre zoologiste allemand
qui a beaucoup fait pour la propagation de l’idée évolutionniste
 dans les sciences naturelles. Dans deux livres populaires :
les Enigmes de l'Univers et les Merveilles de la Vie, il a dêveloppé
 son système de « monisme », qui est une des variétés
de ce matérialisme naturaliste dont Marx écrit que « ses lacunes
se révèlent déjà dans les conceptions abstraites et idéologiques
de ses défenseurs, dès que ceux-ci s’avisent de sortir des limites
de leurs connaissances spéciales » (D. R.).
(15) Bien plus, de retour de déportation, Tchernychevsky
publia son article intitulé : « Caractère de la connaissance
humaine ». Il y démontre avec esprit qu’un homme qui doute
de l’existence du monde extérieur doit mettre en doute sa propre
 existence. Tchernychevsky était et resta fidèle à Feuerbach.
L’idée fondamentale de son article peut être résumée par es
mots de Feuerbach : « Je suis distinct des choses et des êtres
existant:en dehors de moi, non parce que je me distingue moimême
 d’eux, mais je me distingue moi-même parce que je diffère
 d’eux physiquement, organiquement, effectivement. La
conscince présuppose l’être, elle n’est que l’être dont on est
conscient, elle n’est que la chose réelle dont on a conscience,
qu’on se représente » (Aphorismes posthumes, dans le livre
de K. Grün, t. II, p. 306).
(16) Feuerbach appelait « remâcheurs » les penseurs qui
voulaient ressusciter les éléments de la vieille philosophie. De
pareils « remâcheurs », il y en a, malheuremsement, beaucoup
            
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