22 G. V. PLÉKHANOV
Lorsque Huxley écrivait : « De nos jours, aucun de
ceux qui sont au courant de la science contemporaine et
qui connaissent les faits, ne peut douter qu’il faille cher-
cher les bases de la psychologie dans la physiologie du sys-
tème nerveux et que ce qu’on appelle l’activité de l’esprit
ne soit un complexe des fonctions cérébrales » (*), il expri-
mait précisément ce que disait Feuerbach. Seulement, il y
rattachait des conceptions bien moins claires, et c’est pour-
quoi il a pu tenter d’allier sa manière de voir au scepti-
cisme philosophique de Hume (**).
De même, le « monisme » de Haeckel, cette doctrine
qui fit tant de bruit, n’est rien d’autre qu’une doctrine pure-
ment matérialiste, au fond proche de la doctrine de Feuer-
bach sur l’unité du sujet et de l’objet. Mais Haeckel connaît
très mal l’histoire du matérialisme, et c’est pourquoi il
juge nécessaire de combattre le « caractère unilatéral » de
ce dernier, alors qu’il aurait dû se donner la peine d’étu-
dier la théorie matérialiste de la connaissance dans la
forme qu’elle avait prise chez Feuerbach et Marx. Cela
l’aurait préservé lui-même de bien des erreurs et des opi-
nions unilatérales, qui facilitent considérablement à ses
adversaires leur lutte contre lui sur le terrain philoso-
phique (14). ,
Dans ses différents ouvrages, comme, par exemple, dans
le rapport intitulé Cerveau et âme, lu au 66° congrès des
naturalistes et médecins allemands à Vienne (26 septembre
1894), Auguste Forel (***) se rapproche de très près du
matérialisme moderne, du matérialisme de Feuerbach-Marx-
Engels. Par endroits, Forel non seulement exprime des
idées très proches de celles de Feuerbach, mais, ce qui est
vraiment frappant, il dispose ses arguments exactement
de la même façon que Feuerbach.
D’après Forel, chaque jour nous apporte de nouvelles
preuves convaincantes du fait que la psychologie et la phy-
siologie du cerveau ne sont que deux façons différentes de
considérer « une seule et même chose ». Le lecteur n’aura
pas oublié le point de vue identique de Feuerbach, que
nous avons cité plus haut, sur cette question. Ce point de
vue, on peut le compléter ici par cette phrase de Feuer-
Gi ame, a 2 sa philosophie, p. 108.
(?**) Voir également le troisième chapitre de son livre : l’Ame et
le Système nerveux. Hygiène et Pathologie, Paris, 1906.