Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LA POLITIQUE PERSONNELLE DU SULTAN. 245 
de Plevna; il comptait que l’innocence de l’un, la popula 
rité de l’autre lui seraient une protection sacrée. A son 
palais d’Yldiz-Kiosk, il s’entourait d’une garde choisie de 
Kurdes et d’Albanais, qu’il avait honorés du nom de 
Hamidiés. Bien entouré par des gens qu’il payait très 
cher, il avait peur encore, il n’osait coucher deux nuits 
de suite dans le même appartement*. Sa vie n’était qu’une 
perpétuelle terreur de la mort, et cette terreur le livrait 
aux volontés de ses favoris du moment, lui suggérait les 
plus atroces violences contre ceux qu’il soupçonnait ou 
qu’on lui faisait soupçonner. 
Par lui-même, ou par ces influences occultes, il avait 
ressaisi son rôle de chef religieux. 11 accueillait avec une 
bienveillance respectueuse les « badjis », les pèlerins de 
La Mecque, dont il défendait son trône comme d’une garde 
divine : il consultait les cheikhs les plus vénérés, comme 
cet Aboul-Houda, un derviche fanatique, venu de Syrie 
avec une réputation de sainteté et de sagesse, prêchant le 
long de la route contre la tiédeur des croyants, contre la 
faiblesse du khalife devant les raïas : Abd-ul-Hamid s’était 
réservé le monopole de ses vertueux conseils. Il entretenait 
de même des relations étroites avec les corporations reli 
gieuses de la Tripolitaine, avec les Senoûsiya surtout, qui 
étaient représentés auprès de lui : ils agitaient ensemble le 
rêve du panislamisme, et ils ne désespéraient pas de refaire 
par-dessus la vallée du Nil l’unité du monde musulman®. 
A cette politique, il fallait des instruments d’action, et 
le sultan acheva la réorganisation de son armée. II avait 
appelé en 188.3 des généraux prussiens à son service, et 
ils perfectionnèrent l’armement et la discipline des trou 
pes ottomanes. En dehors de l’armée régulière, il veilla 
particulièrement à la formation et à l’entretien de corps 
spéciaux, les Hamidiés, destinés à l’exécution rapide et 
sûre de ses volontés : ils étaient nombreux au palais ; ils 
pouvaient agir dans les provinces les plus lointaines, et 
jouissaient pour cela, d’avance récompensés et gagnés, de 
privilèges dont les autres soldats étaient jaloux. Il fallait 
de l’argent, et le sultan entassa à Yldiz-Kiosk un trésor 
fait de la pénurie des finances publiques, de la cessation 
des travaux publics, de l’augmentation arbitraire de tous 
1. A. Vandal, Les massacres d’Arménie, p. 21. 
2. Engelhardt, La Turquie et le Tanzimât^ II, p. 264. — Bèrard, 
La politique du sultan, p. 190.
	        
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