Object: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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64 "LA question D’ORIENT AU XVIII« SIECLE. 
pagnie française, toute la côte des Circars avec Yanaon 
presque jusqu’aux embouchures du Gange, le pays du 
Carnatic et la côte de Coromandel, sauf Madras ; il ne put 
s’emparer de Tritchinapaly, où les intrigues anglaises dé 
jouèrent tous ses efforts. Néanmoins il était le maître de la 
plus grande partie de la péninsule, et, grâce à lui, c’était 
bien la France qui paraissait destinée à conduire contre les 
Mongols la reconquête indo-européenne. 
Mais les Anglais occupaient aussi de bonnes positions : 
Madras auprès de Pondichéry, Bombay auprès de Surate, 
surtout Calcutta â l’embouchure du Gange, à l’entrée de 
cette merveilleuse plaine du Bengale qui s’étend jusqu’aux 
portes de Delhi, jusqu’au cœur de la domination mongole. 
A ce moment, l’Angleterre, maîtresse de ses destinées par 
la victoire de son Parlement sur l’absolutisme royal, a la 
très nette intelligence de ses intérêts sur les mers et leur 
consacre tous ses soins avec une clairvoyance, une énergie, 
une persévérance dont le gouvernement français fut en ce 
point totalement dépourvu. Dès la guerre de la succession 
d’Autriche, les Anglais se jetèrent sur Pondichéry ; ils en 
furent repoussés par La Bourdonnais, qui amena de l’île de 
France la belle flotte qu’il y avait construite ; ils perdirent 
même Madras, que le traité d’Aix-la-Chapelle leur rendit 
en 1748. 
Le gouvernement de Louis XV écarta lui-même les obs 
tacles de leur route. Les actionnaires de la Compagnie 
française se plaignaient de la modicité de leurs dividendes, 
compromis dans les coûteuses entreprises de Dupleix ; les 
Anglais se plaignaient de ces entreprises mêmes qui com 
promettaient les intérêts de leur commerce avec les indigè 
nes. Louis XV, pour éviter ces ennuis, rappela Dupleix, 
qui fut dépouillé de sa fortune et vint mourir misérable 
ment à Paris en 1763, assez tard pour voir ce qu’était deve 
nue son œuvre. 
Il fut remplacé par Godeheu, qui signa avec la Compa 
gnie anglaise de l’Inde une convention restée justement 
flétrie de son nom, « dégradante pour l’honneur de la 
France », dit un Anglais, le colonel Malleson ; il s’engagea 
à ne plus intervenir dans les affaires des indigènes, à se 
renfermer dans l’administration des intérêts commerciaux 
de la Compagnie. D’un trait de plume, il livra l’empire de 
l’Inde aux Anglais. De ce jour en effet, l’Inde était perdue 
pour la France ; l’influence anglaise fut tout naturellement
	        
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