EN ASIE. — PROGRÈS DES ANGLAIS.
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€t très vite prépondérante auprès des nababs du pays,
habitués par Dupleix à recourir aux Européens. L’incurie
du gouvernement de Louis XV rendit facile ensuite la des
truction même des comptoirs français de la côte. Pendant
la guerre de sept ans, toutes les villes françaises furent
enlevées par les Anglais ; Lally-Tollendal capitula dans
Pondichéry. Le traité de Paris (1763) rendit à la France
les einq villes de Chandernagor, Yanaon, Pondichéry,
Karikal et Mahé, mais en limitant le chiffre des garnisons
qui pouvaient y être maintenues, en empêchant toute pos
sibilité d’extension vers l’intérieur. La fortune avait été
merveilleusement partiale pour les Anglais. Le pire, c’est
qu’en France personne alors ne se rendit compte delà gra
vité de ces événements.
Dans le même temps, l’Angleterre s’établissait solide
ment dans le Bengale, où, dès avant la guerre de sept ans,
elle ne rencontrait pas la rivalité de la France. Le mérite
en revint à Robert Clive, un « mauvais sujet » parti de sa
famille dans l’Inde pour faire une fin, et qui, arrivé à un
commandement subalterne à Madras, fut envoyé à Calcutta
en 1756 pour y organiser la résistance contre le soubab de
Mourchidabad, Surajah-Dowlah. Celui-ci, fatigué du voisi
nage des Anglais aux bouches du Gange, leur avait pris
Calcutta et leur avait fait des prisonniers qu’il avait indi
gnement traités. Clive lui suscita un compétiteur, Meer-
Jaffeer, rentra dans Calcutta, mena une petite troupe contre
sa grande armée, lui livra bataille à Plassey (1757), rem
porta une brillante victoire, dont le retentissement fut
considérable dans toute l’Inde septentrionale, établit son
protégé à Mourchidabad. L’empereur mongol de Delhi,
Alam II, se crut de force à châtier cette petite bande d'Eu
ropéens qui disposait des nababies les plus proches de sa
capitale. Il marcha en personne vers le Gange inférieur,
fut battu à Patna (1761), obligé de céder le Bengale aux
Anglais. Une nouvelle victoire à Buxar leur livra le Gange
moyen, et le pays de Behar jusqu’aux portes de Bénarès;
ils exercèrent même déjà une façon de protectorat sur le
nabab de l’Aoude. En quelques années. Clive avait donné
à l’Angleterre un empire de 60 millions d’habitants ; e’était
le fruit naturel de la décomposition de l’empire du Grand
Mongol. Il y eut encore un Grand Mongol à Delhi, jusqu’à la
dramatique exécution de 1858 ; mais il ne fut plus qu’un
jouet, un instrument entre les mains des Anglais.
E.Driault. — Question d’Orient. 5