214 EN EUROPE. — ARMÉNIE. — CRÈTE. — MACÉDOINE.
Belgique, en Suisse, dans le Luxembourg, l’homme qui
fera cesser l’anarchie séculaire de cette île. L’Angleterre se
montra prête à accepter un Belge ou un Hollandais désigné
par la France, ou même un général français. Le cabinet de
Paris repoussa ces avances, défiant, à juste titre peut-être,
à l’égard des présents britanniques. En attendant un choix
définitif, les puissances achevèrent de rétablir l’ordre en
Crète, y constituèrent une gendarmerie formée d’indigènes
et d’étrangers, de Monténégrins surtout, libres des passions
religieuses ou politiques des habitants de l’île. Elles réorga
nisèrent le système judiciaire, le mode de répartition et de
perception des impôts ; elles préparèrent l’application com
plète de l’autonomie. Enfin, malgré les vives résistances de
la Porte, malgré l’abstention de l’Allemagne et de l’Autriche-
Hongrie, elles obtinrent le départ de toutes les garnisons
turques de l’île, et nommèrent gouverneur-général, aux
acclamations enthousiastes des Grecs, le prince Georges,
second fils du roi de Grèce. La Crète est libre désormais et
dotée d’un régime qui doit assurer sa prospérité.
Le traité de Constantinople, du 9 novembre 1897, péni
blement arraché à la Porte par les puissances, fut dur cepen
dant pour la Grèce. La Thessalie lui fut rendue, sauf quelques
rectifications de frontière à l’avantage des vainqueurs; mais
elle dut payer une indemnité de guerre ; et, comme sa situa
tion financière était déjà auparavant fort précaire et inquié
tante pour ses créanciers, elle fut obligée d’accepter un
contrôle européen sur la gestion de son budget, et de subir
ainsi, jusqu’au retour d’une prospérité normale, une sorte
de tutelle de la part des grandes puissances.
Pour le moment l’hellénisme était contenu. L’autonomie
de la Crète lui était bien une satisfaction dont un peuple
plus sage que celui d’Athènes se serait d’abord contenté,
en attendant l’annexion inévitable. Mais il lui fallut renon
cer à la propagande de la « grande idée » en Macédoine ».
De ce côté, les États Slaves profitèrent de la défaite de
leurs rivaux, et, en dernière analyse, la guerre de 1897
marqua, par les concessions faites aux Serbes et aux Bul
gares, un nouveau progrès du slavisme.
Mais le sultan pouvait ne pas tenir les promesses qu’il
avait faites avant sa victoire. Il apparut d’abord comme
ébloui de son succès sur des chrétiens, succès qui fut en
somme facile, et d’ailleurs plus apparent que réel, — car
il y perdit la Crète, quels que fussent les termes employés