Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

276  EN  EUROPE.  —  ARMÉNIE.  —  CRÈTE.  —  MACÉDOINE.
resque.  Ils  se  disent  descendants  des  Pélasges,  les  premiers
maîtres  du  pays  :  ce  n’est  pas  sûr.  Du  moins  ils  ont  dans
leur  passé  des  héros  dont  ils  sont  orgueilleux,  quoi  qu’ils
ne  soient  peut-être  pas  tout  à  fait  de  leur  race  :  Pyrrhus,
qui  fit  un  moment  trembler  Rome,  sinon  le  Sénat  romain  ;
Scanderbeg,  un  autre  Alexandre,  que  les  Turcs  ne  purent
jamais  vaincre  ;  Ali  Tébéléni,  le  rude  pacha  de  Janina.
Même  en  d’autres  temps  que  ceux  de  Pyrrhus,  ils  eurent
des  rapports  étroits  avec  l’Italie.  Les  Bourbons  de  Naples
recrutèrent  longtemps  chez  eux  des  mercenaires  ;  ils  y
prirent  tout  un  régiment  de  leur  garde,  le  Royal-Albanais.
Il  y  a  par  Durazzo,  l’ancienne  Dyrrachium,  ou  par  El-Bassan,
  une  route  naturelle,  et  historique,  pour  aller  des
régions  de  Brindes  ou  Brindisi  vers  la  Macédoine  et  Constantinople, ­
  une  des  grandes  routes  de  l’ancien  empire
romain,  une  de  ces  routes  que  les  peuples  n’oublient  pas.
Mais  les  Albanais  se  sont  de  bonne  heure  en  grand
nombre  convertis  à  l’Islam  et  leur  pays  fut  pendant  des
siècles  comme  un  rocher  musulman  au  milieu  de  la  mer
des  Chrétiens  dont  les  assauts  le  battent  de  tous  les  côtés
et  le  pressent  de  plus  en  plus.  Les  Albanais  resteront-ils
Musulmans?  —  Quoi  qu’il  en  soit,  ils  ont  été  sous  Abd-ul
Hamid  II  parmi  les  fonctionnaires  et  les  soldats  les  plus
dévoués  du  gouvernement  de  Constantinople.  Et  ils  en
eurent  récompense.
Ils  eurent  le  droit  de  donner  satisfaction  à  toutes  leurs
fantaisies.  Or  ils  ont  été  jusqu’ici  des  pillards  invétérés.
Le  pillage,  le  droit  de  prendre  au  voisin  sa  femme  et  son
bien,  c’est  pour  eux  la  forme  essentielle  de  l’indépendance.
Ils  prélèvent  par  là  sur  les  paysans  de  la  plaine  slave  des
revenus  absolument  réguliers,  quant  à  la  date  de  la  perception ­
  tout  au  moins.  Ainsi  tout  le  pays  de  Prichtina  est
leur  domaine  ;  on  dirait  que  les  laboureurs  n’y  sont  que  des
fermiers  de  l’Albanais,  et  que  celui-ci  a  droit  à  une  part
de  la  récolte  :  il  se  le  persuade  très  sérieusement  ;  chaque
année,  à  la  Saint-Georges,  il  descend  de  la  montagne,  et
vient  établir  ses  revenus,  selon  les  apparences  de  la
récolte  et  selon  ses  besoins  ;  à  la  Saint-Michel,  il  vient  les
toucher.  C’est  ce  que  l’on  appelle  le  tchélel  ou  la  taille  \

1.  V.  Bérard,  La  Macédoine,  p.  115;—  La  Turquie  et  Vhellénisme
contemporain,  p.  106.
            
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