L'INTEW^JSTION EUROPÉENNE. 123
ïïiation et extension du protocole anglo-russe d’avril 1826;
la « séparation civile » devra être absolue entre la Grèce et
la Turquie ; la Grèce ne sera pas astreinte au tribut. Pour
tant la Turquie restera suzeraine en droit. La Porte devra
répondre à la notification de cette convention dans le délai
d’un mois ; faute de quoi, les puissances alliées imposeront,
par la force au besoin, l’armistice aux belligérants.
La notification est faite au sultan le 16 août. Il est iné
branlable dans sa résistance; à sa demande, Méhémet-Ali
envoie encore 4.000 hommes en Morée, malgré les protes
tations des consuls européens (septembre). C’est que la
Porte ne croit pas à l’entente cordiale des trois puissances,
ni par suite à une action militaire combinée de leur part ; elle
compte sur leurs divisions ; elle sait que le gouvernement
anglais n’a signé le traité de Londres que pour barrer la route
à la Russie et ôter à l’accord franco-russe ce qu’il aurait de
redoutable pour les Ottomans.
Ce calcul fut faux, mais par hasard. En prévision de l’obs
tination du sultan, les trois alliés avaient pris des disposi
tions secrètes, et décidé d’envoyer quelques vaisseaux sur
les côtes grecques. Les vaisseaux anglais arrivèrent les pre
miers devant Navarin, sous le commandement de l’amiral
Codrington : ils furent bientôt rejoints parla flotte française
de l’amiral de Rigny.
Ensemble les deux amiraux entrent en pourparlers avec
Ibrahim-pacha et concluent avec lui, le 25 septembre, un
armistice pour attendre les événements ; Ibrahim s’engage
à ne pas quitter Navarin. Codrington alors se retire à Zante,
de Rigny à Milo. Les Égyptiens aussitôt essaient de sortir
du port ; de Rigny revient précipitamment, les Anglais
aussi; l’amiral russe de Heyden arrive enfin le 18 octobre.
Ils constatent qu’Ibrahim, en dépit de ses promesses, par
court la Morée à la tête de plusieurs milliers d’hommes,
pille et massacre ce qui a pu échapper à ses précédentes
exécutions, se moquant ainsi de l’Europe, sûr de son impuis
sance. Les amiraux se décident à entrer dans la rade de
Navarin et exigent le respect de l’armistice.
Le 20, au matin, la flotte alliée se range à l’entrée du
port, sans opposition. Cependant quelques brûlots turcs s’ap
prochent sournoisement de ses deux extrémités; un canot
parlementaire leur est envoyé pour les inviter à se retirer ;
d’un vaisseau égyptien des coups de fusil sont tirés sur le
canot, qui riposte. La fusillade cesse : un autre canot est