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Que cette théorie n’ait pas subi quelques accrocs, que la
compensation ait toujours été très équitable, que certaines
industries mieux protégées que d’autres n’aient pas profité de
certaines circonstances exceptionnelles, je n’oserais pas l’af-
firmer. Ces inégalités, ce qu’on a pu même appeler ces
injustices du tarif de 1892, on les voit se perpétuer dans le
nouveau tarif de 1910 ; et lorsque, après la guerre, on essaya
par le système des coefficients d’éliminer ces inexactitudes ou
ces inégalités, nous avons alors assisté à ce spectacle de
quelques industries plus puissamment organisées, plus habi-
lement soutenues, qui arrivaient à obtenir des coefficients plus
protecteurs et une péréquation plus intéressante pour elles.
Je ne vous cacherai pas que c’est avec l’intention de rétablir
l’équilibre rompu, de réagir contre les appétits démesurés de
quelques industries, d’offrir aux pouvoirs publics qui subissent
parfois avec impatience cet état de choses, un contrepoids
nécessaire, et de maintenir enfin le tarif douanier dans des
limites modérées et équitables, que s’est constitué le Comité
d’Action Economique et Douanière aux destinées duquel j’ai
l’honneur de participer.
Mais quittons, si vous le voulez bien, le domaine de la
théorie. Les questions de doctrine, le choix entre les tendances
libre-échangistes et les tendances protectionnistes, tout cela
reste dans l’abstrait, et je crois être d’accord avec vous et avec
le tempérament réaliste que l’on se plait à reconnaître aux
commerçants et aux industriels de Marseille, si j'essaie de
pénétrer les choses de plus près et d’examiner avec vous le
problème douanier à la lueur des faits.
L'observation des faits. — Or, dans la vie économique
actuelle il me semble qu’il y a trois ordres de faits qui doivent
retenir plus spécialement notre attention.
Le premier fait, c’est la situation nouvelle créée à la France
dans l’Europe et dans le monde entier par ce que nous pourrons
appeler le réveil des nationalismes économiques.
Le deuxième, c’est cette situation particulièrement trouble et
difficile qui provient du désaxement des changes, c’est le désé-
quilibre monétaire dans l’espace et dans le temps.
Enfin le troisième, conséquence des deux premiers, c’est
cette crise latente dont apparaissent déjà les premiers
symptômes : crise de surproduction d’une part et de sous-
consommation de l’autre.
Si vous le voulez bien, nous allons essayer de reprendre ces
trois ordres de faits et de considérer les conséquences qu’ils