CHAPITRE XVII
L'enseignement pour chômeurs ()
Dans une séance du 24 juin 1915, le Comité National préoccupé
de remédier aux inconvénients qu’engendre au point de vue social,
l’oisiveté d’un grand nombre d’adolescents, décida de tenter de
perfectionner leur instruction en les préparant à l’enseignement
professionnel.
L'idée avait pris naissance dans l’entourage du grand philan-
thrope et ami de l’instruction, M. Ernest Solvay, et avait immédiate-
ment été accueillie par lui avec enthousiasme. Rien n’était plus juste
et mieux de nature à tenter les esprits élevés soucieux du bien public.
Voici une population ouvrière immense, la population ouvrière de
tout le pays, dans l’inaction, sinon dans l’oisiveté. Elle comprenait
notamment des enfants, des adolescents et des jeunes gens, en grand
nombre, car nous l’avons dit, à la différence des autres pays belli-
gérants, la Belgique n’ayant à la déclaration de guerre qu’une armée
très faible, et l’occupation allemande empêchant les départs pour
l’armée, avait conservé une bien plus grande proportion d'hommes
que les autres pays. N’était-il pas tout indiqué d’essayer d’employer
le temps que cette population ne pouvait plus consacrer au travail,
à son développement intellectuel ? Si peu que l’on pût gagner dans
cette voie, était tout bénéfice pour la nation. Toute diffusion de con-
naissances, techniques ou générales, devait avoir pour effet de per-
fectionner l’ouvrier en tant que producteur, et par conséquent d’aug-
menter sa capacité de concurrence pour l’avenir.
Même, s’il n’était pas possible de donner à tous une instruction
professionnelle approfondie, il y avait grand intérêt à répandre
l’instruction générale. On sait, en effet, que sans être l’un des pays
les plus arriérés, à cet égard, la Belgique ne brillait pas au premier
rang. Elle venait seulement quelques mois avant la guerre, de décréter
l’instruction obligatoire. Le Gouvernement général allemand s’était
(4) Voir aussi, dans la présente collection, F. PasseLEeco, Déportation et travail forcé
des ouvriers et de la population civile (1915-1918), ch.II, $ 3, Entrave aux œuvres belges
d’enseignement professionnel, et Cu. DE KercHove, op. cit, ch. VIII, $7, Opposition alle-
mande à l’assistance aux chômeurs}