L’AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE 53
mangeaient dix-sept Sénégalais et trois blancs, ou pil-
laient et brûlaient des factoreries en massacrant leurs
habitants, Et puis enfin, c’est un fait humain que
d’autres ont constaté aussi dans leurs colonies : il est
des races indigènes que le contact trop direct de notre
civilisation frappe d’une sorte de stupeur qui annihile
toutes leurs facultés. Tout ce qui vient de nous les décon-
certe et les décourage, à quoi ils ne peuvent s’accoutumer
ou se plier. Et vient un moment où leurs ressorts de vitalité
sont brisés. Ces races s’étiolent, n'ayant même plus le
courage de travailler pour leur propre subsistance et
tendent à disparaître. C’est le cas des races de la côte et
de celles de la forêt.
En tous cas, le dernier recensement ne donne, pour l’en-
semble du territoire, qu’un chiffre de 3122000 habitants,
ainsi répartis : Gabon : 388 000 ; Moyen-Congo : 695 000 :
Oubangh: : 1 066 000 ; Tchad : 973 000.
Ici, encore, nous sommes loin des 11 à 12 millions de
l'Afrique occidentale ; la tâche coloniale dans un tel pays
est singulièrement difficile. Malgré cela, nous avons le
droit d'espérer que les malheurs de Cendrillon pourront
bientôt prendre fin.
Et voici les conditions du redressement de sa destinée.
Elles sont trois principales :
19 On lui donne enfin son chemin de fer.
Je connais un publiciste colonial qui, lorsque M. Auga-
gneur fut nommé gouverneur général de l’A. E. F., alla
trouver celui-ci et lui tint ce langage : « Monsieur le gou-
verneur général, le plus grand mal de cette colonie vient
de ce qu’elle ne possède pas encore l'instrument du mou-
vement et de la vie, le chemin de fer, et si on ne le lui
donne pas, elle en mourra. Si vous voulez la sauver, exigez
les moyens de le construire. Et quant à son tracé, prenez
une décision qui soit irrévocable.
« Deux projets sont en présence. dont chacun a ses