CHAPITRE IV
MADAGASCAR
par le baron D'ANTHOUARD,
Ministre de France,
ancien résident à Madagascar
Pour exposer la situation de cette colonie, que j'ai
habitée et explorée pendant neuf ans, mais que j'ai
quittée il y a trente ans passés, j'ai dû y faire un quatrième
voyage et rajeunir mes souvenirs, contrôler mes anciennes
observations par de plus récentes. La science ayant sup-
primé les distances, j'ai pu mener cette enquête sans
sortir de France, avec l’aide de l’office de Madagascar.
À une époque où nous prétendons équilibrer, enfin,
l’économie nationale, avec l’appoint des ressources de nos
colonies, la question qui vient naturellement à l’esprit
est celle-ci : Que vaut Madagascar? Les Français ne le
sauront que dans quelques décades d'années, car la
réponse dépendra de la façon dont ils sauront mettre en
œuvre les richesses naturelles de la Grande Ile,en un mot,
de la sagesse et de la persévérance de leur politique colo-
niale. Mais nous pouvons déjà enregistrer des résultats
qui ne sont pas négligeables et en induire prudemment
l'avenir. Notre politique coloniale a, en effet, un passé
et un présent qui ne permettent pas d’augurer du futur
sans quelques réserves.
Madagascar est une île et ceci comporte l’avantage de
supprimer les voisinages gênants; une très grande île,
la troisième du globe, grande comme la France et la Bel-
gique réunies. deuxième avantage très important suctout.