LA SYRIE
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majorité et les chrétiens présentent dans les principales
villes de fortes minorités ; que sur le littoral, au Liban
l'élément chrétien s’équilibre en nombre avec l’élément
musulman tout en le dépassant en culture, tandis que
dans le pays des Alaouites les trois quarts au moins
de la population appartiennent à une secte diseidente
de l'Islam, les Ansahriés, qui n’a aucune inclination pour
les Sunnites.
En outre, des différences profondes séparent ces popu-
lations au point de vue de l’aptitude à recevoir l’appli-
cation d’un régime politique mioderne, c’est-à-dire en
concordance avec les idées semées à la volée à travers
tout le vaste monde à la fin de la guerre, sans aucun
souci du terrain sur lequel elles allaient germer. Le Liban
mis, par sa situation sur le littoral, en contact avec la
civilisation occidentale, ‘surtout latine, et avant tout
avec les traditions, les mœurs et l'esprit français, mêlé
par ses émigrés à la vie internationale des peuples, pré-
sente un terrain propice à l’action de la puissance manda-
taire ; la Syrie, à l’écart derrière les chaînes de l’Anti-
Liban et les Ansahriés regardant la sainte et intellec-
tuelle Damas, renfermée sur elle-même, moins évoluée
dans ses élites et moins instruite dans ses masses, offre
évidemment à cette action un terrain beaucoup moins
favorable.
Les populations alaouites et druses, plus simples et
plus rudes, nécessitent encore un mode de collaboration
différent.
Ce très bref aperçu suffit à faire comprendre à quel
point la mission acceptée par la France est délicate à
remplir. L’accomplissement de cette tâche est une œuvre
toute d’adaptation. de tact et de doigté.
Le problème étant ainsi défini, il paraît intéressant
de l’envisager successivement sous chacun de ses aspects :
politique. financier. économique et militaire.