LA B8YRIE
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pu être matériellement réalisé, par exemple dans l’État
des Alaouites, où les circonstances nous ont amenés à
introduire provisoirement un régime qui se rapproche
beaucoup de l'administration directe, avec ce qui a
pu être obtenu dans des pays comme le Liban et l’État
de Syrie où l’on s’est appliqué à respecter, aussi exacte-
ment que possible, les règles du jeu du mandat. Le zèle
technique des agents français, irrité par les résistances
qu'il rencontrait et par les erreurs qu’il voyait commettre,
devait souvent être rappelé à la discipline d’une tâche
politique si nouvelle et qui paraissait décevante. Toute
une routine était à créer, difficile et cependant nécessaire
comme toutes les autres, puisque la routine n’est, en
somme, que l’ensemble des réflexes acquis par une admi-
nistration pour répondre à ses fonctions.
L'insuffisance des administrations locales rendait bien
malaisé de l’imposer. De cette insuffisance, du laisser
aller qui était à sa base on pourrait, dans un cadre moins
étroit que celui de cet exposé, donner des exemples édi-
fiants.
I faut d’ailleurs se hâter de dire que rien ne permet
de considérer cette insuffisance comme la marque d’une
incapacité foncière des pays que le mandat doit former :
on ne saurait tirer une conclusion aussi pessimiste de
l'état où l’on a trouvé un pays soumis depuis des siècles
au vieux régime turc. Celui-ci a habilement, astucieuse-
ment, vigoureusement, ‘gouverné à sa manière, qui n’est
pas et ne peut pas être la nôtre, mais il n’a jarnais admi-
nistré au sens que l’Occident moderne donne à ce mot.
Comment s’étonner de ce que nous ayons trouvé un pays
où l'idée du bon plaisir, le dévergondage du passe-droit,
les licences que l’on trouvait naturel de prendre avec la
rectitude, faisaient malgré soi penser parfois aux con-
ceptions de vizirs des Mille et une Nuits. Comment
s'étonner de ce que le personnel français fût souvent
tenté de trop mettre la main à la pâte. Tout cela peut