. L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
agricole ; arrangements commerciaux avec les pays limi-
trophes pour rendre à la Syrie et au Liban leur rôle de
centre répartiteur dy commerce des régions voisines, rôle
qui avait été très compromis par le cloisonnement doua-
nier résultant du dernier démembrement de l’empire
ottoman. Beaucoup a été fait pour donner le fondement
économique, nécessaire à l’indépendance et à la vic natio-
nale qui naissent à l’abri temporaire du mandat.
Cette indépendance même, on l’oublie trop lorsque
l'on vient à Genève et ailleurs critiquer les méthodes ou
les erreurs inévitables du mandataire, est un don du sang
des Alliés, surtout du nôtre, puisque nous en avons donné
plus que les autres et qu’il ne s’agit pas de savoir sur
quel front il a été versé, l'effort de Verdun ou de Cham-
pagne ayant fixé à l’ouest des éléments ennemis qui,
libres, auraient pu aller renverser la fortune des armes
sur le front de Palestine.
88
Peut-être diriez-vous qu’une personne de bonne foi
ne peut nier les bienfaits du mandat pour les pays qui
en sont l’objet et que, si la Syrie et le Liban sont des
bénéficiaires certains, il faudrait établir le bénéfice de la
France elle-même. On dresse le compte débiteur de
l’œuvre qu’elle a accomplie, on fait une note de frais qui
peut aller aux environs de quatre milliards, selon les
éléments que l’on y fait entrer. Quel actif mettre en regard
de ce passif qui continue à augmenter?
À cette question, il faut commencer par répondre en
en posant une autre. Une nation n’a-t-elle pas intérêt
à ne pas commencer à faire une banqueroute politique
et morale aux yeux des autres et à ses propres yeux?
Cette considération dépasse de beaucoup le cadre des
intérêts que nous avons à défendre en Orient. Elle touche,
par les répercussions possibles, au maintien de notre