104 L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
Que la Guadeloupe et la Martinique se ressemblent
étrangement, il n’y a pas lieu de s’en étonner. Elles ont
fait, dans les temps préhistoriques, partie d'un même
continent disloqué par des convulsions volcaniques et par
les incessants assauts de la mer. Ce continent s’est effon-
dré, mais nos deux Antilles ainsi que les Antilles anglaises
(Sainte-Lucie, Trinidad, Dominique, Barbade, Saint-
Christophe, peut-être même Cuba et Haïti) sont les piliers
restés debout de l'édifice disparu.
Ces idées générales une fois exposées, entrons dans le
détail. La Martinique est dominée par de hautes mon-
tagnes que les habitants désignent sous le nom de
« mornes ». La cime la plus élevée est le piton du Carbet
d’une hauteur de dix-huit cents mètres environ et la
montagne Pelée (quatorze cents mètres) dont le volcan
est resté lugubrement célèbre puisqu’en 1902 une érup-
tion anéantit la ville et le port de Saint-Pierre et fit en
quelques secondes près de 40 000 victimes. Mais la nature
triomphe des catastrophes ; là où d’énormes cailloux
avaient détruit toutes les routes ; là où des villages entiers
avaient disparu sous un monceau de laves et de cendres,
la végétation a repris ses droits, la forêt s’est reconstituée
et les cannes à sucre ont reconquis leur domaine. Saint-
Pierre renaît de ses cendres. Bien plus, telle est la vitalité
de la race martiniquaise que, dès 1921, elle avait retrouvé
sa population d’avant 1902.
Rien n’est plus curieux que ces mornes revêtus
d’épaisses forêts qui se profilent dans le nord et dans
l’est de l’île et se découpent hardiment sur le bleu
intense du ciel. La Guadeloupe possède aussi ses mornes
et ses pitons moins élevés mais plus difficilement acces-
sibles. Elle possède également son volcan, la Soufrière,
mais il y a bien longtemps qu’il s’est assoupi et n’étaient
les sources d'eau chaude qu’on rencontre sur ses flancs,
on serait tenté de croire que le feu intérieur est éteint.
Il n’en est rien cependant. comme le vrouvent les