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L'EMPIRE CÔLONIAL FRANÇAIS
sur un magnifique plateau ou dans une plaine ver-
doyante ».
Quant aux côtes* elles sont, à la Martinique, déchique-
tées, abruptes du côté de l’Océan ; les baies et les golfes
sont innombrables et des caps s’avancent au loin dans
la mer. Du côté de la mer des Antilles ce sont des falaises
qui tombent à pic dans la mer, mais elles sont générale-
ment dépouillées de verdure. Ces falaises s’ouvrent par-
fois pour offrir un havre favorable aux villages de pêcheurs
tels que Case-Pilote et le Carbet. C’est là que se dressait
orgueilleusement la ville de Saint-Pierre, tête et cœur
de l’île. La Guadeloupe apparaît avec son cortège d’îles,
restes de l'ancien continent disparu, la Désirade, les
Saintes, Marie-Galante et Saint-Barthélemy. Emprisonnée
entre ces îles, la mer se révolte et elle est presque cons-
tamment agitée.
Si la Guadeloupe possède son port, Pointe-à-Pitre dont
la vue au soleil levant est d'une indicible beauté, la Mar-
tinique est fière de Fort-de-France. C’est un port admi-
rablement sûr, abrité par un cirque de hauteurs, très bien
outillé et qui serait, le cas échéant, facile à défendre. C’est
une sécurité pour nous que de pouvoir, par là, surveiller
facilement la route du canal de Panama.
Pour parler de la Réunion, nous serons obligés de répéter
à peu près les mêmes phrases et d’user des mêmes épi-
thètes. Toutefois la structure de cette île est plus régu-
lière, mieux ordonnée que celle des îles antillaises. Ce
n’est pas cet enchevêtrement de cimes et d’abîmes qui
caractérisent celles-ci. On raconte qu’un amiral anglais
voulant donner au roi George II une idée de la confi-
guration tourmentée de l’île de la Martinique prit une
feuille de papier qu’il chiffonna-entre ses doigts et la jetant
sur la table : « Sire, dit-il, voici la Martinique ». Il n’en
est pas de même de la Réunion. Là, sur deux massifs
montagneux de 2 à 2 500 mètres d’altitude que relie entre
eux un plateau (la plaine des Cafres) de 1 600 mètres