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occupation définitive. Ce sont donc des cadets de famille,
des officiers de la marine marchande, des parents appelés
de France qui créèrent cette race des créoles blancs,
purs de tout croisement de sang noir, à laquelle les deux
iles ont dû leur prodigieuse fertilité, surtout du jour où
la canne à sucre devint la principale et même la seule
entreprise agricole de l’île. Extrêmement prolifiques, ils
se multiplièrent et il se produisit dans ces îles le même
phénomène qu’au Canada. Aujourd’hui encore les familles
qui à la Martinique comme à la Guadeloupe comptent
dix, douze et même quinze enfants sont extrêmement
nombreuses. Sans doute ces créoles imbus de tous les
préjugés de leur temps furent trop souvent des maîtres
cruels et inhumains et les révoltes des noirs qui, par trois
fois, ensanglantèrent le pays et le mirent à deux doigts
de sa perte pouvaient malheureusement se justifier par
trop de bonnes raisons. Mais tout cela est un passé à
jamais périmé. À la Guadeloupe comme à la Martinique
les populations sont accueillantes et honnêtes, paisibles
et laborieuses. On compte à la Martinique des créoles
blancs dans le parti noir et des noirs dans le parti blanc.
En réalité, ce ne sont pas des questions de race, mais des
combinaisons électorales avec cette différence que les
mulâtres à la Guadeloupe sont plus clairsemés, l’île n’ayant
jamais reçu de garnisons très nombreuses, tandis qu’à la
Martinique où les blancs se sont longtemps désintéressés
de la politique, les mulâtres qui ont envahi toutes les pro-
fessions libérales, qui sont intelligents et actifs sont, en
vérité, les maîtres de l’heure.
Les noirs sont donc presque tous d’origine africaine.
Pendant trois siècles les négriers ont puisé dans les popu-
lations du golfe de Guinée et du Gabon plusieurs centaines
de milliers de travailleurs qui ont été transportés dans les
« îles », comme on disait alors. Ils y ont vécu, s’y sont
multipliés et, grâce à notre esprit de générosité et de
justice, ils sont aujourd’hui citoyens français. Heureux?