110 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
Sans doute, puisque la densité de la population aux
Antilles est d’environ 200 habitants par kilomètre carré.
quand la France n’en compte que 70.
Comme l’a écrit récemment un publiciste : « La Mar-
tinique est restée un peu grande dame de l’ancien régime,
la Guadeloupe fait figure de plébéienne. » Et ceci date
de longtemps puisque, dès 1743, le Père Labat, qui a
laissé sur les Antilles des livres à consulter encore, dis-
tinguait déjà « ces Messieurs de la Martinique et ces
bonnes gens de la Guadeloupe ». Il est malheureusement
certain que par la force logique des choses les créoles
blancs sont condamnés à disparaître. À la Guadeloupe, ils
ont dû céder la place au Crédit Foncier colonial auquel
ils ne pouvaient rembourser les avances faites et certains
ont dû accepter de ce même Crédit des situations d’em-
ployés ou de gérants. À la Martinique, les créoles s’étiolent
et diminuent. Ils étaient 25 000 en 1848 ; ils étaient 5 000
quand la catastrophe de la ville de Saint-Pierre, dont ils
avaient fait leur capitale, en supprima près des trois
quarts ; aujourd’hui ils sont à peine un millier. Mais ce
petit groupe numériquement insignifiant et dépourvu de
toute influence politique, d’autant plus que certains
d’entre eux ont passé, par ambition de l’autre côté de
la barricade, est économiquement tout-puissant, « tant
il est vrai, dit M. Roberto, que les révolutions politiques
respectent les forces sociales ». Il se prépare lentement,
avec tous ces éléments, une race mixte qui n’aura qu’une
civilisation : la nôtre ; une seule religion : le catholicisme ;
une seule langue : le français avec le patois créole pour
les moins instruits. Que de changements en un siècle !
et que penserait Joséphine Tascher de la Pagerie, impé-
ratrice des Français, dont la statue, véritable chef d'œuvre
de grâce et de poésie, se dresse au milieu des palmiers,
sur la place de la Savane, si elle pouvait comprendre l’évo-
lution profonde et inévitable de le race à laquelle elle était
si fière d’appartenir?