NOS VIEILLES COLONIES 115
30 000 tonnes de sucre et 212 000 hectolitres de rhum ont
été exportés en 1924. Cela représente une valeur de 322 mil-
lions d’échange, dont 242 avec la France. Que pèsent à
côté de ces chiffres les exportations des 5 000 quintaux
de cacao, des 198 quintaux de bananes (il y a là une
culture d’avenir dont les Antilles anglaises ont déjà tiré
un fructueux parti) et des 26 tonnes de vanille? Les
importations se chiffrent par 142000 000 de tonnes
dont 82 proviennent de France. Il convient d'ajouter que
ce chiffre est en progrès, car jusqu’à la guerre les États-
Unis étaient le principal et presque l’unique fournisseur
de la Martinique en raison de sa proximité et de son
bon marché, mais une fois l’Amérique entrée dans la
guerre il a bien fallu qu’elle s’adressât ailleurs et notam-
ment à la métropole. L’habitude prise s’est continuée et
il y a là un mouvement qu’il importe de favoriser par
toutes les facilités possibles.
On s’est souvent étonné que la riche Martinique soit
totalement dépourvue de voies ferrées. Pourquoi en aurait-
elle? Chaque usine possède sa voie Decauville qui con-
duit ses cannes jusqu’à l'usine et de l'usine à la mer où
sucres et rhums sont embarqués par des moyens rudimen-
taires. Il n’est pas de Martiniquais moyen qui ne possède
son automobile, d’autant plus que la colonie dispose d’un
merveilleux réseau de routes de 250 kilornètres. Dans ces
conditions, un chemin de fer dont le parcours serait natu-
rellement très médiocre, et dont la construction serait
par contre très coûteuse, car il faudrait beaucoup de
ponts pour traverser les rivières et beaucoup d’œuvres
d’art pour contourner les montagnes, ne payerait certai-
nement pas. Ajoutons enfin que la Chambre de commerce
de Fort-de-France est très nettement opposée à tout
projet de voie ferrée car elle craint que son port ne soit
déserté au profit de celui de Trinité qui attirerait à lui
tout le trafic du Nord, ce en quoi je pense que la Chambre
de commerce se trompe. Il n’en est pas moins vrai*que