116 “ L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
le système de monoculture de la Martinique est un système
détestable qui peut lui réserver à l’improviste de cruels
lendemains. Déjà l’île a connu trois crises sucrières dont
elle a failli mourir et qui ont provoqué de sanglants con-
flits. Heureusement, les Martiniquais sont admirables de
courage et de sang-froid, peut-être aussi de résignation.
Un terrible incendie a détruit, en 1891, la majeure partie
de Fort-de-France ; la montagne Pelée, en 1902, a sup-
primé en quelques secondes la ville commerçante de
Saint-Pierre et ses 30 000 habitants, des cyclones ont
anéanti plusieurs fois les récoltes ; des tremblements de
terre ont abattu leurs maisons et leurs usines ; la fièvre
jaune a exercé ses ravages, mais jamais les Martiniquais
n’ont connu le découragement. La catastrophe passée,
ils ont recommencé, ayant dans leur étoile une confiance
aveugle. C’est beau, mais n’est-ce pas dangereux?
Moins exclusive, la Guadeloupe est restée, il est vrai,
une colonie sucrière, mais elle a consacré de vastes espaces
à d’autres cultures. Elle a exporté, en 1924, près de
8 000 quintaux de café, 7 000 de vanille et 643 de bananes
et le cacao prend de plus en plus dans l’île une place im-
portante. C’est un progrès, mais combien lent ! Elle n’en
a pas moins produit, en 1927, 26 000 tonnes de sucre et
138 000 hectolitres de rhum. Le total de son commerce
général est un peu inférieur à celui de la Martinique
mais la part de la France y est notablement plus grande.
C’est presque la seule cliente (180 millions avec la
France sur 185 millions d’exportations en 1924). De
même aux importations, la colonie a demandé à la
métropole 74 millions de produits sur un total de 107.
C’est donc une situation très favorable et qui ne peut que
s’améliorer. Mais les réflexions que nous avons exposées
en ce qui concerne les voies ferrées conservent toute leur
valeur d'autant plus que les échanges qui se font entre
la Guadeloupe et les îles qui dépendent d’elles ont lieu
exclusivement par mer.