122_ L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
froidement l’idée impie de vendre nos établissements de
l’Inde et la Réunion à l’Angleterre et nos colonies des
Antilles aux ÉtatstUnis. Ils ne se rendent pas compte
que ce honteux marché serait, pour nous, une écrasante
humiliation, que le peu d’argent que nous recevrions ne
nous servirait à rien et que la France victorieuse ne sau-
rait brocanter pour les 30 deniers de Juda trois siècles
de grandeur, d’héroïsme et de fidélité. L’épopée française
dans l’Inde, le souvenir de La Bourbonnais à la Réunion,
les luttes glorieuses de nos Antillais contre les Anglais,
tout cela, paraît-il, ne vaut pas la peine qu’on y pense.
Des mots, des mots, dira-t-on, oui, sans doute, mais c’est
avec ces mots qu’on construit une nation au rayonnement
et au foyer de laquelle les étrangers du monde entier
sont venus tour à tour s’éclairer et se réchauffer. Ces fous
et ces inconscients oublient qu’une nation comme la nôtre
a peut-être le droit de vendre des territoires, mais qu’il
lui est absolument interdit par son passé comme par ses
principes, de vendre, ainsi que du bétail en foire, des
hommes qui parlent notre langue, qui sont intéressés
dans notre histoire, dont les cœurs battent au même
rythme que le nôtre et qui ont été depuis trois siècles
nos frères dans la joie comme dans la douleur.