LA VALEUR COMMERCIALE ET PRODUCTIVE 167
grand tort de venir la chercher en France, alors que la
matière première utilisée par la fabrique lyonnaise vient
précisément, pour une très large part, de l’Extrême-Orient.
Quant à la ténacité des habitudes commerciales, voici
un fait qui vous prouvera à quel point il est malaisé de
détourner les courants existants.
Notre Provence française est, vous le savez, un grand
centre de fabrication et d’exportation d’huile d'olive.
L’Australie, colonie anglaise, est, de son côté, un gros
centre de consommation d’huile comestible. Or, bien qu’il
existe une ligne française directe allant de Marseille en
Australie, jamais, entendez-le bien, il n’a été possible à
cette ligne de porter l’huile de Provence à Sydney ou à
Melbourne. Il lui est arrivé d’en porter à Londres et de
l’y reprendre ensuite pour la ramener vers sa destination
définitive. Pourquoi? Parce que les Australiens n’en
achètent qu’à Londres, ne croient à son authenticité que
si la marchandise a été garantie, estampée par un cour-
tier de Londres. Même chose pour le champagne, il faut
que le champagne destiné aux colonies anglaises passe
par les docks de Londres pour que l’on croie vraiment
qu’il vient de Reims.
Tels sont quelques-uns des obstacles auxquels se
heurtent, sans en triompher toujours, et la volonté du
législateur, et l’ingéniosité du commerce. Par contre, là
où la situation nous est présentement favorable, nous ne
devons pas somnoler sur nos lauriers ; il nous faudra une
inlassable activité pour défendre les positions acquises.
Quels sont en effet nos principaux articles d'importa-
tion dans nos colonies : les tissus et, au premier rang, les
cotonnades ; les conserves, le sucre, la bougie, tout ce qui
concerne la métallurgie et surtout la mécanique. Or, pour
aucun de ces articles, sauf peut-être pour les vins, nous
ne jouissons d’un monopole quelconque, ni en fait, ni
en droit.
Nous allons être. dans les années
prochaines. extrême-