168 : L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
ment menacés par la concurrence étrangère. Tous les pays
sans exception sont sortis de la guerre plus puissamment
outillés, au point* de vue de la production industrielle,
qu'ils ne l’étaient en 1914, parce qu’au cours des hostilités
ils ont été obligés de créer des fabrications qu’ils n’avaient
pas auparavant. et que là où l’ennemi a pris le soin de
détruire de vieilles usines démodées, on les a recons-
truites sur un plan plus raisonné, avec un outillage plus
moderne et plus puissant qu’autrefois. Or, dans le même
temps, quelque 200 millions de consommateurs sont venus
à manquer dans le monde par l’indescriptible anarchie
où sont plongées d'immenses régions de l’univers. Rebu-
tées dans ces régions, les grandes nations exportatrices
seront tout naturellement portées à aller chercher des
acheteurs là où il s’en trouvera encore. Nos colonies ne
peuvent manquer de les tenter.
Nous avons, certes, des armes utiles pour soutenir la
lutte. D'abord la qualité de nos produits. Ceux que nous
envoyons à nos colonies sont généralement d’une qualité
supérieure à celle des similaires étrangères. Nos tissus
notamment sont préférés presque toujours par les indi-
gènes à ceux d’autres provenances. Nous jouissons, d’autre
part, d’un incontestable crédit moral, que nous envient
jusqu’aux Anglais, sur nos sujets et clients autochtones.
Mais il nous faut veiller à la multiplication et à la santé
de ceux-ci, pour augmenter le nombre de nos clients ; 1!
nous faut aussi développer la coquetterie féminine locale.
car, avec le désir très naturel qu’ont les hommes de satis-
faire les fantaisies de leurs compagnes, nous trouverions
là, en même temps qu’un débouché féminin, un vigoureux
stimulant au travail masculin. Si enfin, nos industriels
poursuivent avec persévérance leur effort actuel d’adap-
tation de leur production à la variété des besoins et des
goûts indigènes, — effort auquel ils ont été lents à se déci-
der au début, — nous avons toutes chances de voir se
maintenir et se développer notre prépondérance présente.