LA VALEUR MILITAIRE DES COLONIES 187
d’escale qui jalonnent les diverses routes du globe que
le navire, usine flottante, est obligé d’y recourir. À défaut
de ces relais où se groupent les conditions requises pour
un nouvel élan, le navire serait dans l'impossibilité de
continuer sa route, de remplir sa mission.
Certes, à notre époque de civilisation et de concurrence
industrielle, il est permis à tout navire de s’abriter, d’opé-
rer, de s’approvisionner et de se faire réparer dans n’im-
porte quel port important, au moins lorsqu’il porte le
pavillon d’une puissance qui n’est pas en guerre. Certes,
nous bénéficions pratiquement des grands principes qui
ont nom : liberté des mers, égalité de traitement des
pavillons ; mais qui ne voit combien il est désirable pour
le navire, même en temps de paix, de retrouver outre-
mer, lorsqu'il faut se résoudre à entrer en relâche, un
établissement national? Là il est chez lui, certain d’être
bien accueilli. Les règlements des ports, les coutumes,
les êtres lui sont familiers, son équipage peut employer
la langue maternelle. Il a moins à craindre les avantages
occultes et les passe-droits, soit dans l’ordre de priorité
des accostages, soit pour l’usage des engins de levage ou
des cales de réparation. Dans des établissements natio-
naux, il est plus facile de procéder à l’avance à l’accu-
mulation de stocks qui, en toute occurrence, faciliteront
l’exécution matérielle de la fonction commerciale et mili-
taire de notre navire. Enfin, il n’est pas à démontrer
qu’il est préférable que les dépenses — souvent consi-
dérables — effectuées en relâche par un navire pro-
fitent à des intérêts nationaux plutôt qu’à des intérêts
étrangers.
J'ai à peine besoin d’insister sur cet ordre d’avantages
pratiques, multiples et évidents, qui justifient l’utilité
de nos ports nationaux envisagés comme points d’appui
matériels de nos deux marines.
Je me bornerai à énumérer ceux dont la flotte fran-
çaise dispose actuellement à travers le monde. en indi-