i90 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
faisait construire, le soumettait aux épreuves de résis-
tance et de rendement, l’armait, lui signifiait un itiné-
raire, le mettait en mesure d’embarquer et de débarquer
des marchandises, logeait les passagers, les nourrissait,
les soignait, les distrayait même. Le second recherchait
les marchandises à transporter, s’ingéniait à créer des
courants d’échanges nouveaux, incitait les passagers à
donner leur préférence ‘à nos bateaux, aitirait sur la
mer le simple touriste en soulignant la séduction des
croisières de plaisance. Il fixait les prix de transport
d’après le coût des dépenses qui lui était communiqué.
Il devait avoir l’intuition des fluctuations d’un trafic
dans un sens ou dans ‘un autre, car, somme toute, 1l
était responsable de la recette sous toutes ses formes,
alors que son collègue assumait le poids infiniment lourd
de toutes les dépenses. ,Ç
Dans quelle mesure la possession d’un empire colonial
est-elle de nature à fournir un aliment fécond à l’acti-
vité commerciale, telle qu’elle vient d’être précisée, de
la flotte métropolitaine, c’est ce que je vais essaver de
vous indiquer.
À première vue, un pays qui possède une colonie y
répand, avec ses hommes, ses institutions, ses méthodes,
ses mœurs, sa langue, ses goûts, ses modes, sa presse,
toutes choses qui incitent l’indigène à acheter les pro-
duits qu’il voit utiliser par les Européens installés autour
de lui. C’est ainsi, pour prendre un exemple, que trente
mille Français, civils ou militaires, installés en Indochine,
ont habitué vingt millions d’Annamites, de Cochinchi-
nois et de Tonkinois à acheter nos‘ automobiles, nos
tissus, nos produits pharmaceutiques, nos objets de
ménage, etc.…
C’est‘au pavillon national que revient le soin d'assurer
les transports effectués pour le compte de l’État : troupes,
fonctionnaires, approvisionnements de la guerre et de la
marine, matériel de travaux publics, postes, colis pos-