LA VALEUR MILITAIRE DES COLONIES 491
taux, tout cela constitue un courant de trafic non négli-
geable.
Comment expliquer alors que, disposant d’un empire
colonial qui est le deuxième du monde en importance,
la marine marchande française ne s’inscrive pas au moins
au second rang derrière la marine marchande britan-
nique? L’appui apporté par la possession de colonies est-il
ou non un appui direct, se suffisant à lui-même, ou doit-il
être accompagné d’autre chose? C’est ce que nous allons
demander aux faits de nous montrer.
Tout d’abord, notre propre histoire affirme nettement
que les colonies jouent un rôle positif dans le dévelop-
pement de la marine marchande. À la fin des guerres
napoléoniennes la France, dépouillée de la plupart de
ses colonies, voit ses échanges, qui s’élevaient en 1789 à
1 125 millions, tomber à 585 millions en 1814, à 621 mil-
lions en 1815. Ce n’est qu’en 1828 qu’elle revient au chiffre
d’avant la Révolution. À cette époque, notre marine ne
comprend que 2297 navires jaugeant 245 388 ton-
neaux ; l’Angleterre possède 25 000 navires, les États-
Unis 14 000.
En 1830, l’expédition d’Alger, conçue au début comme
une simple opération punitive, oblige la France, presque
à contre-cœur, à entreprendre la conquête de l’Algérie.
I se produit alors un phénomène moral qui entraîne
en peu d’années la plus admirable série des conséquences
matérielles. La jeune génération, qui souffrait du « mal
du siècle » à l’intérieur des frontières terrestres, sort de
l’inaction, traverse les mers, foule de vastes espaces avec
les armées de Clauzel, de Lamoricière, de Bugeaud. À
sa suite, tout ce que notre pays compte de négociants
hardis s’enfonce en Afrique, d’abord pour participer aux
fournitures de l’intendance, puis pour commercer avec
les indigènes, enfin pour acheter des terres, construire
des fermes, créer des villes, creuser des ports. De 1830
à 1847. le chiffre des escomptes de la Banque de France