212 ° L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
sions éventuelles, et pour les briser si elles venaient à se
produire. Avant de devenir, au pis aller, un instrument
de guerre, ce serait’une assurance de paix.
Ce n’est pas tout !
Il ne saurait être question dans cette étude dont l'objet
est limité et précis, de faire entrevoir les vastes perspec-
tives que nous ouvrirait un Transafricain allant, par Ban-
gui, jusqu’au cœur du Congo belge, se reliant au Cap et
à Mozambique. Constatons seulement que, depuis que le
canal de Rove fait communiquer le port de Marseille au
Rhône, dont l'aménagement, ainsi que celui du Rhin, est
en voie d’exécution, cette sorte de Mittel-Africa pour-
rait être appelée à devenir l’un des plus grands chemins
du monde, chemin que pourraient emprunter les Afri-
cains et Américains du Sud.
Mais, à s’en tenir aux conditions immédiates et à notre
sujet spécial, il convient d'affirmer que le Transsaharien
n’est pas seulement un moyen de transport stratégique
indispensable à notre sécurité, tant sur le continent qu’en
Afrique, mais qu’il serait aussi le facteur le plus rapide
du développement ethnique, économique et social des
populations noires de notre empire africain.
Car le rail a toujours constitué un incomparable instru-
ment de pénétration, de civilisation et de progrès. Dans
les régions les plus incultes, dans les populations les plus
arriérées, il introduit les cadres et l’outillage qui vont
faire lever les récoltes, combattre les épidémies, procurer
aux indigènes des ressources vivrières, faire naître chez
eux un mieux-être, et, avec de nouveaux besoins, les
moyens de les satisfaire, en un mot transformer les con-
ditions de vie et l’état social et, par là, favoriser le déve-
loppement et le rendement des populations.‘
Au fur et à mesure qu’en Algérie nous avons multiplié
les voies ferrées et les routes, la population indigène s'est
accrue. De 2200 000 au recensement de 1851, elle est
passée à plus de 5 millions en 1926. À cette même date,