LA VALEUR MILITAIRE DES COLONIES 213
la population de l’Afrique occidentale était de 13 540 000,
en augmentation de 1 260 000 sur le recensement de 1921
et de 2 180 000 sur celui de 1911. Celle de l’Afrique équa-
toriale elle-même, bien que la région du Tchad accuse une
légère régression, offre, dans son ensemble, sur le recen-
sement de 1921, une augmentation de 383 000 âmes.
Ce simple rapprochement suffit à montrer l’erreur de
ceux qui attribuent à notre occupation l’état encore
précaire de certaines régions de notre Afrique occidentale
et équatoriale, autrefois ravagées et dépeuplées par les
massacres et les razzias des Ahmadou, des Samory et
des Rabha qui, sans notre venue, perpétreraient encore
leurs sanguinaires exploits.
Il n’est pas douteux que le jour où le rail pourra péné-
trer dans ces régions et y faire affluer plus de cadres
français, cadres qui pourraient d’ailleurs être en grande
partie fournis par les fils des colons d’Algérie, l’état
général des populations noires encore insuffisamment ali-
mentées, incapables de se préserver contre les intempéries,
et dont la mortalité et la morbidité sont excessives, s'amé-
liorera rapidement et permettra, sans préjudice pour
l’agriculture, d'augmenter avec toute la prudence et la
progression nécessaires le recrutement des indigènes.
Actuellement la proportion des réformés ou ajournés
chez les noirs dépasse 55 p. 100, alors que dans la métro-
pole elle est environ de 23 p. 100. Et c’est un fait d’expé-
rience que les indigènes — après que les premiers mois
de service ont éliminé les quelques sujets qui avaient
échappé à la sélection de l’incorporation — mieux nourris.
mieux vêtus, mieux logés, astreints à un exercice régulier,
voient rapidement s’accroître leurs forces. Leur séjour
au régiment est ‘pour eux une source de vigueur et de
santé.
La pénétration du rail, avec tous les progrès qu’elle
comporte, augmentera donc rapidement le nombre des
incorporés.