LA VALEUR MILITAIRE DES COLONIES 293
Le général Borgnis-Desbordes qui commanda si bril-
lamment les trois premières campagnes du Soudan (1880-
1883) que l’entreprise put résister ensuite à toutes les
critiques et toutes les campagnes soulevées contre elle et
que son succès, rêve du général Faidherbe, fut définiti-
vement assuré, nous a donné aussi, dans son livre Sénégal
et Niger, la France dans l’Afrique occidentale (1879-1883),
édité en 1884 par le ministère de la Marine et des Colo-
nies, des observations sur les troupes indigènes. J’en
extrais ces quelques lignes :
Les troupes indigènes présentent un intérêt considé-
rable dans les pays tropicaux, non seulement parce qu’elles
permettent de diminuer le nombre des soldats européens,
mais parce qu’elles seules sont susceptibles d’accomplir
des travaux qui ne pourraient pas être exécutés par des
blancs.
En outre, les troupes indigènes se battent à côté des troupes
européennes et elles ont montré beaucoup d’entrain et d’intré-
pidité.
Il existe aujourd’hui au Sénégal diverses troupes indi-
gènes :
19 Troupe à pied. Les tirailleurs, dont une partie du cadre
seulement est constituée par l’infanterie de la marine.
2 Troupes à cheval. Spahis, train d’artillerie. Ces deux
troupes ont à la fois des soldats européens et indigènes dans
une proportion déterminée.
Les spahis sont une troupe instruite, bien disciplinée, brave,
en un mot excellente.
Les tirailleurs sont moins bien recrutés. Il en résulte des
inégalités regrettables dans la valeur des compagnies.
Le train d'artillerie est de formation toute récente et il ne
peut encore être porté de jugement équitable sur lui.
Nous devons chercher à développer et à améliorer les troupes
indigènes qui ne sont pas encore arrivées, comme les spahis,
à un degré suffisant d’instruction et de discipline, de manière
à diminuer de plus en plus la proportion des troupes fran-
çaises, mais on ne saurait se flatter de l’espoir de supprimer
complètement ces dernières.