Full text: L' empire colonial français

EXPOSÉ GÉNÉRAL 
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mettre tous les fers au feu simultanément. Mais 
on avait un délai, un très court délai, et ce temps 
que la fortune nous réservait pouvait être suili- 
sant, à condition de faire vite. L'alliance russe 
nous donnait une sécurité appréciable sur le con- 
tinent. Donc, faire vite, procéder par l'effort 
brusqué pour obtenir le bénéfice du moindre effort, 
prendre les initiatives, accepter les risques, passer 
outre aux critiques, se mordre les lèvres, se ceindre 
les reins et marcher. Telle fut la résolution, telle 
fut la loi d'activité silencieuse que s’imposa cette 
génération. Peut-elle, oui ou non, réclamer devant 
l’histoire l’honneur d’avoir été une génération 
coloniale? 
Jules Ferry eut la première initiative, comme il 
avait éprouvé les premières angoisses. Le problème 
colonial s’était posé pour la France à Berlin. 
C’était à l’heure où les puissances, après la guerre 
russo-turque, voyaient le monde s’ouvrir; on 
laissait entendre à la République française que la 
Tunisie lui offrait, à la fois, un champ naturel 
d’expansion et un devoir de sécurité méditerra- 
néenne. À son défaut, on le savait, d’autres 
accompliraient cette tâche, puisque le beylicat, 
accablé de ses dettes et de son impuissance, et 
laissant l’anarchie des Khroumirs menacer notre 
frontière, s’écroulant. 
A Berlin ! L'opposition releva ce grief apparent 
avec une violence cruelle : « Protégée de Bis- 
marck ! » clamait-on en visant la politique colo- 
niale, comme on devait lui crier par la suite, 
« protégée de Guillaume ! » Cette injure, Jules 
Ferry et ses successeurs l'ont rejetée du pied. S'il
	        
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