244 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
nom! Peut-être, à prendre les thèses de Jean-Jacques
en cette origine ironique et sceptique, donnerait-on une
singulière atteinte à leur fortune déclamatoire.
Voltaire, du moins, y mettait de la bonne humeur et
de la gaieté : « Un jour, saint Dunstan, Irlandais de
nation et saint de profession, partit de l'Irlande sur
une petite montagne et arriva par cette voiture à la
baie de Saint-Malo. Quand il fut à bord, il donna la
bénédiction à la montagne qui lui fit de profondes
révérences et s’en retourna en Irlande par le même
chemin qu’elle était venue. Dunstan fonda un petit
prieuré dans ces quartiers-là' et lui donna le nom de
Prieuré de la Montagne, qu’il porte encore, comme cha-
cun sait… En l’année 1689, le 15 juillet au soir, l'abbé
de Kerkabon, prieur de Notre-Dame de la Montagne,
se promenait sur le bord de la mer avec Mlle de Ker-
kabon, sa sœur, pour prendre le frais. Ils virent en-
trer dans la baie de Rance un petit bâtiment qui arri-
vait avec la marée. C’était des Anglais qui sautèrent
à terre sans regarder M. le Prieur ni Mademoiselle sa
sœur qui fut très choquée du peu d’attention qu’on avait
pour elle. Il n’en fut pas de même d’un jeune homme
très bien fait qui s’élança d’un saut par-dessus la tête
de ses compagnons et se trouva vis-à-vis de Mlle de Ker-
kabon… »
Et c’est ainsi que nous est présenté le Huron ou l’In-
génu, chargé, par Voltaire lui-même, de passer au crible
toute notre civilisation. Et vous saurez, ainsi, ce que
l’Ingénu pense du Pape, de la religion catholique, des
pièces de théâtre jouées à Paris et de mille autres choses
encore. Le Huron, l’Ingénu, « l’homme colonial », en un
mot, s’assoit au parterre et son naïf jugement compte.
désormais, dans l’appréciation des choses européennes.