Full text: L' empire colonial français

L’APPORT INTELLECTUEL DES COLONIES 255 
tale par ces Francs parmi lesquels prédominaient. des 
guerriers originaires de la terre des fleurs de lis, l’action 
des vainqueurs s’est fait sentir d’une manière assez pro- 
fonde. Sans doute, dans ces pays de civilisation plus 
raffinée que la leur propre, les Occidentaux avaient-ils 
beaucoup à apprendre ; ils le comprirent, et ils ne se 
privèrent pas de le faire. Mais tout en étudiant les langues 
indigènes et en s’adaptant aux usages de leurs sujets et 
aux civilisations musulmane et byzantine, ils demeu- 
rèrent fermement attachés à leur langue et à leur litté- 
rature. Au Liban, en Palestine et en Morée comme en 
France, on lut et on récita les premières de nos chansons 
de geste; si, de bonne heure, le souvenir en disparut 
complètement des bords de l’Oronte et de ceux du Jour- 
dain, il persiste encore dans les parties méridionales du 
royaume de Grèce. En Syrie, en effet, on a oublié, et 
depuis des siècles (l’histoire permet de le comprendre 
aisément) la geste des Lorrains, et ces « romans d'’outre- 
mer » et ces « Chansonniers » dont plus d’un chevalier 
franc possédait des copies et aimait à entendre réciter 
des fragments. Dans les parties de la Grèce qui consti- 
tuèrent la « principauté de Morée », c’est-à-dire dans le 
Péloponnèse, en Attique, en Béotie, dans l’île d'Eubée, 
les Cyclades et aussi dans les îles Ioniennes, on retrouve, 
par contre, des souvenirs manifestes — imitations ou 
traductions grecques — de quelques-unes de nos chan- 
sons de geste et de certains romans de la Table ronde. 
En narrant les exploits et la fin tragique d’une « belle 
fille de France, aux belles robes et au grand cœur », la 
ballade du Château de la Belle évoque les temps de la 
lutte des Francs contre les Turcs et témoigne de la vail- 
lance et de la loyauté de nos aïeux. C’est aussi de l’époque 
franque que datent nombre de noms de localités, et les 
noms de ces familles de « châtelains » des Cyclades qui, 
depuis le treizième siècle, gardent avec un soin pieux leur 
blason. leur généalogie et leur langue. — la langue fran-
	        
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