258 L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
souvenirs de leur histoire, dans de vieilles demeures
ouvrant sur des rues aux appellations d’autrefois, que
les Louisianais consetvent pieusement leur langue d’ori-
gine. Non contents de la parler et de l’écrire, ils la cultivent
avec amour ; aussi existe-t-il en Louisiane une véritable
littérature française, due à une petite pléiade d’auteurs
locaux qui, hors le genre épique, se sont essayés dans
tous les genres : poésie, roman, nouvelle, drame, histoire,
critique littéraire, pamphlet. Ils veulent également per-
pétuer son existence ; de là, dès 1876, la fondation, à la
Nouvelle-Orléans, de l’Athénée louisianais qui organise
des concours pour le maintien de l’usage du parler des
ancêtres, au moins dans la vie privée, car, depuis 1898,
le français n’est plus. langue officielle dans l’État, — qui
décerne des prix de français aux élèves des écoles supé-
rieures publiques de la ville et à l’École de l’Union fran-
çaise, qui publie enfin une revue française, travaillant
ainsi de tout son pouvoir à maintenir dans le pays « la
langue ct le souvenir des ancêtres venus de la douce
France ».
Dans l’archipel antillien dont, comme dans le Nord-
Amérique, tant de terres furent autrefois françaises,
notre langue compte encore de vaillants défenseurs.
Quelque éloigné que soit le temps où le pavillon flottait
sur la Dominique, sur Sainte-Lucie, sur la Grenade, ces
petites Antilles comptent encore une population — sou-
vent peu riche, et de condition assez humble — très
attachée à sa vieille langue et la défendant avec énergie
contre les empiétements de la langue officielle, c’est-à-dire
de la langue anglaise. De même en est-il de ces asiles de
Français enfuis de Saint-Domingue que furent la Tri-
nité et, dans l’hispanisante Cuba, le pays de Santiago
et de Guantanamo ; mais il en va autrement de la Ja-
maïque et de Saint-Thomas. Quant à la partie occiden-
tale de l'île d’Haïti, qui fut naguère la florissante
colonie française de Saint-Domingue, elle n’a guère