L'APPORT INTELLECTUEL DES COLONIES 265
pleinement, ils devront dépenser de longs et persévé-
rants efforts.
Sans doute les Français de Madagascar assument-ils
la majeure partie, voire même la presque totalité de
l’œuvre de francisation des indigènes de la vieille île
portugaise de Saint-Laurent; c'est surtout par leur
présence et par l’appoint qu’ils fournissent à la popula-
tion européenne et à la mise en valeur de la grande terre
que les créoles de la Réunion collaborent à la diffusion
du- parler métropolitain dans tel ou tel canton de Mada-
gascar. Il est légitime et nécessaire qu’il en soit ainsi ;
le gouvernement général assume la direction comme la
responsabilité d’une tâche qui lui incombe, mais pour
la réalisation de laquelle il est heureux de trouver des
auxiliaires bénévoles. L’œuvre à parfaire est lourde en
effet, alors même que l’école officielle et l’école libre
coordonnent leurs efforts et agissent d’un commun accord.
Le recensement de 1921 n’a-t-il pas montré l’existence à
Madagascar (Comores et Nossi-Bé comprises) de plus
de 3 400 000 âmes, dont moins de 30 000 sont des allo-
gènes, et dont 17 000 seulement sont des Français? Le
seul rapprochement de ces trois chiffres en dit long
sur l’importance de l’œuvre à mener à bien, et voici
quelques faits qui en montrent les difficultés : ces indi-
gènes sont disséminés sur un territoire beaucoup plus
vaste que celui de la métropole (627 000 kilomètres
carrés contre 551000) et se répartissent en une foule
de peuplades ou de tribus parmi lesquelles Hovas et
Betsiléos sur le Plateau Central, Sakalaves sur la côte
ouest et Betsimisarakas sur la côte est sont les plus
importantes et les plus facilement accessibles. Mais com-
bien d’autres, beaucoup moins nombreuses d’ailleurs,
demeurent encore fort peu aisément atteignables !… Tou-
tefois, grâce aux écoles de toute nature : européennes et
indigènes, générales et techniques, qui ont été créées
dans la colonie par l’État, et que complètent souvent