L'APPORT INTELLECTUEL DES COLONIES 267
langue française s'étendre peu à peu depuis les rivages de
l’Atlantique jusque dans l’intérieur du Soudan et pénétrer
jusque sur les bords du Niger et au cœur de la boucle de ce
fleuve. Chacun y travaille de son côté : administrateurs
coloniaux, soldats, prêtres et religieuses missionnaires,
colons, et jusqu’aux noirs qui ont servi dans les troupes
coloniales et qui ont combattu sur le front ou peiné dans
les ateliers de France pendant la Grande Guerre, tous
font de leur mieux et propagent autour d’eux une langue
qu’ils parlent eux-mêmes, la langue maternelle de ceux-ci,
la langue par laquelle ceux-là se haussent jusqu’au
niveau des blancs. Comme l’a si bien dit un des hommies
les mieux qualifiés pour apprécier l’œuvre commune à
l’essor de laquelle il a tant contribué lui-même, on procède
prudemment, sans brûler d’étapes, en révélant d’abord
le Français par ceux de ses caractères qui s'opposent
heureusement aux défauts d’esprit des indigènes (1).
Ainsi se prépare, avec des ménagements et une méthode
dont les Anglais reconnaissent les mérites, le lent mais
sûr triomphe de notre langue en À. O. F.
Par delà les espaces presque déserts du Sahara, où
nomadisent les Touareg, dans les pays les plus septen-
trionaux de l’Afrique, ce triomphe est dès maintenant
une réalité, du moins dans cette partie centrale du
Maghreb où la France est établie depuis bientôt un
siècle, en Algérie. Certes, immense y demeure encore la
tâche à mener à bien ; ne faut-il pas, en effet, travailler
à instruire ou à perfectionner l’indigène dans la connais-
sance de la langue française, instruire ses enfants dès
leur jeune âge afin de les élever, avec tous les ménage-
ments nécessaires, d’un degré dans l’échelle de la civi-
lisation? et ne faut-il pas en même temps faire des
francophones des nombreux étrangers qui viennent
{1} Georges HArpy : Une Conquête morale. « l’Enseignement en
A. O. F. », p. 195.