286 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Et c’est cette unité-là
qui donne à -cette ville son caractère, unique peut-être
dans l’univers, et sûrement dans le monde de la Méditer-
ranée. À Fez, le grand enseignement que peut retirer un
artiste, c’est de saisir sur place une beauté complète,
absolue, qui résulte non pas de la diversité des choses,
mais de leur parfaite unité.
D’une façon plus particulière, demandons-nous ce
qu’un artiste, un architecte, un peintre, un musicien
peut apprendre au Maroc.
Un architecte, par exemple, entre dans une maison
marocaine. Que voit-il? Tout le contraire de ce qu’il voit,
de ce qu’il construit chez nous. Une maison, chez nous,
est toute projetée vers le dehors. Nous croirions déjà
être descendus au tombeau si la vie que nous venons de
laisser à la porte ne rentrait aussitôt par la fenêtre. Il
n’en va pas ainsi du tout de la maison marocaine. Le
Marocain déteste la fenêtre qui appelle les curiosités
du dedans au dehors et du dehors au dedans. Ce qu’il lui
faut, c’est lé secret.
Donc, un mur nu, et une porte. Presque toujours
l’entrée que nous voulons dans nos logis le plus aimable
possible, est là-bas d’une extrême modestie. C’est souvent
l’écurie, ou plus exactement l’endroit où attendent pen-
dant toute la journée les esclaves et les mules endormies
sous leur harnais, car un Marocain de condition ne sort
jamais à pied dans la rue. Vous suivez assez longtemps ce
long couloir sans ornements, et cette nudité déconcerte
dans une demeure qui tout de suite va se révéler magni-
fique. Évidemment l'esprit arabe n’éprouve pas, comme
le nôtre, le besoin d’une perfection totale. À quoi bon
décorer un lieu où la vie ne séjourne pas? Ces couloirs
sont à l’image de ce pays où de grands espaces vides,