286 L'’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
mante. Et cela se comprend. Dans ces salles on vit étendu.
Étendu sur ces coussins qui en font tout le tour. Conti-
nuellement les regards sont tournés vers le haut. Et
cela explique aussi cette décoration murale qui consiste à
orner le haut et le bas de la muraille, tandis que le milieu
reste vide. Le milieu, on ne le voit pas. Les yeux glissent,
sans s’y arrêter, sur la surface plane et vont chercher leur
plaisir dans les ornements du plafond, dans ces nids
d’abeilles, dans ces stalactites de bois, dans ces parterres
fleuris, que le peintre y a dessinés, dans mille inventions de
formes et de couleurs où excelle l’artisan marocain.
S1 vous me demandez maintenant ce que notre archi-
tecte peut prendre à tout cela, à çette ordonnance des
pièces et à cette décoration faite pour des besoins qui ne
sont pas les nôtres, je vous répondrai : « tout, s’il s’agit
de construire là-bas. » Nous n’y avons d’ailleurs pas
manqué. Et c’est en cela que les villes que nous édifions
au Maroc diffèrent si heureusement de celles que nous
avons construites en Algérie. À Alger, nous nous sommes
contentés de rebâtir Marseille ou Bordeaux, et non pas
dans leur beauté, mais dans ce qu’elles ont de plus banal.
Au Maroc, plus sagement, nous nous sommes mis à l’école
de l’art indigène, et cela nous a porté bonheur. Que de
réussites parfaites à Casablanca, à Meknès et à Rabat !
Mais en France, sous notre ciel, ces dispositions, ces
formes, ces couleurs ne donnent jamais de résultats très
heureux. Même sur la Côte d’Azur, une villa construite
dans le style moresque est perdue, mal à sa place. Tout
au plus peut-on transporter quelques éléments décoratifs,
et encore avec prudence, car les éléments du décor sont
le plus souvent formés de phrases coraniques, dont le
caractère n’est pas seulement esthétique, mais moral et
eligieux. Non, quand on y réfléchit, une demeure maro-