306 - L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
qu’un foyer local de l’art chinois (1). Foyer qui aura
peut-être, d’ailleurs}le privilège d’en préserver la dernière
étincelle : au moment où les Chinois évolués vendent à
l’encan les statues et le mobilier des temples et proserivent
comme idolâtrique le culte de Confucius, le Van Miëu (2)
de Hanoï voit toujours les mandarins en grand costume
célébrer les rites millénaires, et l’Esplanade des Sacri-
fices, à Hué, n’a pas cessé d’être consacrée au culte
impérial du Ciel et de la Terre. Ce respect des belles tra-
ditions du passé durera ce qu’il pourra : c’est en tout cas
un «apport » dont il ne faut pas méconnaître le prix.
Il. — FouNAN ET CAMBODGE
Si nous nous tournons maintenant vers l’Indochine
hindoue, le contraste est complet : indépendance poli-
tique, originalité de l’art.
Tout d’abord, l’Inde n’a jamais exercé de souveraineté
ni même de suzeraineté sur aucun État de la péninsule.
C'est là un fait assuré, malgré l’obscurité qui enveloppe
les origines de la colonisation indienne. Le seul témoi-
gnage qui existe — et qui peut tout au plus être considéré
comme l’écho légendaire d’événements réels — concerne
l’État qui domina, avant le Cambodge, le bassin de
Mékong et auquel les textes chinois donnent le nom de
Founan. Ces textes nous ont conservé une tradition
locale, suivant laquelle le civilisateur du Founan et son
premier roi aurait été un brahmane nommé Kaundinya
qui, envoyé par un oracle et porteur d’un arc magique,
soumit les naturels du pays, épousa leur reine et enseigna
(1) En dehors de l’art local, le Tonkin et le Nord-Annam ont gardé
de précieux vestiges de l’occupation chinoise : de nombreux tom-
beaux ont livré des mobiliers funéraires de l’époque des Han et
des Song (bronzes, terres cuites, porcelaines), qui sont entrés au
Musée de l’École française d’Extrême-Orient. à Hanoï.
12) Temple de Confucius.