LES PROBLÈMES GÉNÉRAUX 357
entretenir de bons rapports avec les musulmans et vont
travailler en pays animiste, où les conversions demeurent
possibles. Quant an rationalisme, à la pensée libre, c’est
un vin bien fort pour des estomacs et des têtes bien jeunes.
Le pôle extrême de la politique musulmane, c’est l’al-
liance offensive et défensive avec l’Islam. On sait que ce
fut, il n’y a pas bien longtemps, une mode courante. L'is-
lamisation était considérée comme une étape dans la
voie de la civilisation, une moralisation relative des
groupements indigènes, et c'était aussi un moyen com-
mode de gouvernement, parce qu’il semblait fournir des
têtes à qui s'adresser. De là une déférence, une sympathie
pour l'Islam qui, chez certains adeptes de cette politique,
allèrent jusqu’à la momerie ; on célébrait à grand orchestre
l’éclat de la civilisation musulmane, les vertus moralisa-
trices de l'Islam, etc. ; un prosélyte n'aurait pas été plus
éloquent, et l’on faisait naïvement le jeu des prêcheurs
en eau trouble, ou simplement on agaçait les musul-
mans intelligents qui ne pouvaient voir là que tartufe-
rie : « Il y a chez nous, dit un personnage du savoureux
romancier Maurice Le Glay, des gens qui exagèrent, et en
tout cas bien imprudents de poser des questions touchant
d'aussi près à la constitution même de l’Islam avec
l’espoir, sinon la certitude, de réponses favorables à leur
dessein. Ces questions indiscrètes ne peuvent servir qu’à
réveiller le sentiment d’unité de doctrine chez ceux qui
tendraient à l’oublier en raison de leur sujétion actuelle
à des puissances chrétiennes, situation que tout bon mu-
sulman doit considérer, d’ailleurs, comme provisoire,
sinon précaire. »
M semble qu’un peu partout l’administration française
ait pris aujourd’hui un moyen terme entre ces extrêmes.
Là où l’islamisation a échoué ou n’a pas commencé, elle
se tient en liaison de plus en plus étroite avec les institu-
tions traditionnelles et leur confère ainsi aux yeux des
populations un regain de prestire qu’elles méritent sou-