358 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
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vent autant que l’Islam : il y a, en effet, dans la plupart
des religions animistes, de fort belles choses, un dogme
qui n’est nullement ridicule, une morale sociale vraiment
élevée et que ne doit pas rejeter dans l’ombre telle ou
telle pratique barbare appelée à disparaître. Là où l’is-
lamisation est toute en surface, on semble décidé à ne la
point renforcer, on s’abstient — en pays berbère par
exemple — de favoriser l’enseignement de l'arabe, d’en-
courager la création d'écoles coraniques, de faire sa place
au cadi, armé de son « chraa. » Enfin, là où l'Islam règne
en maître, on le respecte comme il convient, on tient
compte des règles qu’il impose à ses adeptes, on l’aide à
vivre ; mais on se garde de l’admirer comme une religion
supérieure à celles que tant d’entre nous ont délaissées
et qui le valent bien ; il semble aussi qu’on tende de plus
en plus à mesurer exactement les réalités, à séparer de la
guerre sainte et du fanatisme xénophobe la simple crainte
de l’étranger, à distinguer les réactions collectives et les
sentiments individuels et à chercher, sous le musulman
qui nous déclare impurs et lapidables, le brave homme qui
ne demande qu’à s’entendre avec de braves gens.
Connaître, admettre, apprivoiser, — ces grandes règles
de politique indigène et même de politique tout court,
valent assurément pour la politique musulmane, et il
faut croire que les coloniaux d’Afrique les connaissent
et les pratiquent avec un certain doigté, car l’Islam dans
les colonies françaises de l’Afrique, s’il doit retenir l’at-
tention, n’apparaît pas, jusqu’à nouvel ordre, comme un
danger.
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