356 ‘ L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
ses multiples aspects. À cet égard, on ne risquera jamais
de trop encourager les études de détail, même quand
elles ne sont pas entreprises par des islamologues de pro-
fession : l’islamologie est une science aride et rébarbative ;
les arabisants — je le dis librement, parce que beaucoup
d’entre eux sont mes amis et qu’à ses amis il faut dire la
vérité — sont généralement sévères pour les amateurs,
exigent une érudition parfaite, relèvent durement les
moindrës erreurs, et surtout ne se soucient pas assez de
mettre à la disposition des non initiés des moyens de
recherche, des plans d’enquête et des manuels lisibles ;
quels services n’auront pas rendus, par exemple, des
ouvrages comme le petit manuel de Houdas ou les Ins-
titutions. musulmanes de Gaudefroi-Demombynes (1)?
Beaucoup de fonctionnaires, d’officiers, d’universitaires
coloniaux ne demandent pas mieux que de recueillir des
renseignements, mais n’allez pas exiger d’eux qu'ils lisent
couramment l’arabe littéral, qui n’a pas toujours grand”-
chose à voir dans l’affaire ; signalez-leur les points im-
portants, les problèmes centraux : ce ne sera pas parfait,
mais ce sera mieux que rien.
L’Islam connu et délimité, comment se comportera-
t-on à som égard? D'aucuns répondent carrément : il faut,
par tous les moyens possibles, l’éliminer. Mais, si on l’éli-
mine, par quoi le remplacera-t-on? Par l’évangélisation
chrétienne, disent les uns ; par le rationalisme et la pensée
libre, disent les autres, et je connais un excellént homme
— oh! excellent — qui envoie à de jeunes Kabyles ins-
truits des résumés et des extraits de l’œuvre d’un grand
philosophe positiviste. Mais l’évangélisation se casse les
ongles contre les âmes islamisées, les missions le savent
bien, elles renoncent à la lutte, cherchent simplement à
(1) Il convient de signaler, dans le même ordre d'idées, un bel
article de M. Louis Milliot sur « Notre politique musulmane ».
Extrait de l’Année politique et étrangère, 1926.)