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L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
non en espèces, mais en organisation de sécurité, et de
telle manière que l’E. I. représenté par le commandement
et la force publique, après avoir prélevé l'impôt en
nature (ivoire, caoutchouc) pour son propre compte,
soutenait directement l’action économique des sociétés,
achetant les mêmes produits à un prix d'achat qu’elles
étaient seules à fixer à leur gré. C’est, en particulier,
l’histoire de la société Abir, dont les actions valurent
vers 1900 jusqu’à 32 000 francs.
L’engouement se fit en France pour un système appa-
renté à celui-là. Il n’était pas possible de faire une colo-
nisation de caractère nettement étatiste. On se contenta
de répartir des territoires entre quarante-deux sociétés
concessionnaires représentant un capital nominal d’un
peu plus de 55 millions de francs. Et l’on crut avoir paré
à tous les inconvénients du système en imposant un
cahier des charges uniforme, munide clauses de déchéance,
et agrémenté : 19 de l’obligation de planter 150 pieds de
caoutchouc (arbres ou lianes) par tonne de gomme
exportée — si cette clause eût été réalisée l'A. E. F. pro-
duirait aujourd’hui 10000 tonnes de caoutchouc ; — 2° de
l’avantage de recevoir tant d'hectares en toute propriété
par tête d’éléphant domestiqué ou centaine de bêtes à
cornes.
Raconter l’histoire du régime concessionnaire m'en-
traînerait trop loin. Ce régime a fait faillite. Le Congo
pouvait supporter et alimenter quatre ou cinq grandes
sociétés dont le programme eût été non pas seulement
d'exploitation, mais d’organisation de la production
indigène et d’exécution de travaux publics en associa-
tion avec la colonie. Par exemple, en 1901, 1l fut pro-
posé aux sociétés concessionnaires de se constituer en
consortium pour la création de la voie ferrée Gabon-Alima.
Les avantages de cette action eussent été considérables.
Îls ne furent compris et reconnus qu’au moment d’Agadir,