. L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
Tout d’abord ses conditions géographiques et démogra-
phiques.
- Sur près de la moitié de sa superficie, qui est de
2500 000 kilomètres carrés, la forêt étend son lourd
manteau qui écrase l’homme et celui-ci n’a pas su ou n’a
pas pu se constituer en grandes unités raciales ou poli-
tiques. Poussière de tribus réparties sur des surfaces
restreintes et dont les villages se déplacent suivant les
besoins de leurs cultures; tribus en guerre, villages
d’une même tribu jalousement cantonnés dans leurs
terres de parcours. La vie y est dure et précaire : culture
du manioc, chasse ou pêche, et quand la viande manque
l’homme se rabat sur les insectes.
Ce n’est que vers le centre du continent qu'on trouvera
des groupements humains plus ou moins puissants et un
pouvoir politique plus ou moins développé et hiérarchisé.
Les races y sont plus belles, soit qu’elles se livrent active-
ment à la pêche, soit qu’elles aient un élevage plus ou
moins abondant.
Et donc, soit pour mettre en mouvement de produc-
tion les races de forêt, soit pour mettre les races de
brousse à portée du mouvement d’importation et d’ex-
portation, il était indispensable de construire des voies
ferrées. On avait pour motif déterminant la parole ei
juste de Stanley : « Sans un chemin de fer, je ne donnerais
pas un shilling de tout le Congo. » Cette parole allait
rencontrer en Belgique l'oreille attentive du roi Léopold
et du capitaine Thys. Sans doute aussi fut-elle entendue
chez nous et, dès 1889, la mission Jacob, et plus tard la
mission Le Chatelier étudièrent une voie ferrée de la
côte vers Brazzaville. Et les Belges aussi en avaient
étudié une : de Matadi, terminus de la navigation du
Congo en aval de ses rapides qui s’étendent sur 400 kilo-
mètres, vers le Stanley-Pool, à travers le formidable
massif du Palaballa. Mais, tandis que les Belges traçaient
une voie terrestre de bout en bout, nos ingénieurs étu-