LA GUERRE DU SOUDAN.
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au commandement des troupes anglaises renforcées, résolut
de tourner les Égyptiens par le canal de Suez. Le ministère
Freycinet crut pouvoir sauver l’influence de la France en
assurant la protection du canal contre les belligérants ; il
demanda à la Chambre un crédit de quelques millions pour
en permettre l’occupation : le crédit fut repoussé par 416
voix contre 75. Le ministère tomba.
Ferdinand de Lesseps craignit qu’Arabi, menacé par le
canal, ne le fît combler, ce qui eût été facile et eût assuré
peut-être l’échec des Anglais. 11 l’alla trouver. Arabi promit
de respecter la neutralité du canal, à condition que Wolse-
ley en fît autant : M. de Lesseps se chargea de l’obtenir. Il
ne l’obtint pas. Le 20 août, malgré ses protestations, le
général anglais débarqua ses troupes à Port-Saïd, occupa
militairement les établissements de la Compagnie et ferma
pour quelques jours le canal à la navigation. L’armée
anglaise marcha vers le Delta.
Arabi ramena ses soldats de Kafr-Douar vers l’est, non
sans désordre. Il n’en était pas moins sûr d’une victoire
complète : il donna à chacun de ses hommes un talisman
capable de tuer 25 Anglais, même à Londres, si ceux de
l’Égypte fuyaient trop vite; les Anglais, disait-il, avaient
amené des milliers de dogues, mais il avait préparé à leur
intention exactement le même nombre de boulettes empoi
sonnées.
Le 23 août, les Anglais s’emparèrent d’El-Magfar, sur le
canal d’eau douce. Le 25, les Égyptiens abandonnèrent
leurs positions de Tell-el-Mahuta. Le 28, ils furent refoulés
à Gassassin. Arabi concentra ses meilleurs régiments à Tell-
el-Kébir. Le 13 septembre, Tell-el-Kébir fut pris à cinq
heures du matin, en vingt minutes ; les Anglais ne perdirent
que 200 hommes, Arabi s’enfuit. Le 15 septembre, ils
entrèrent au Caire. Quelques jours après, le khédive revint
d’Alexandrie, et en son honneur le général Wolseley passa
la revue des troupes « libératrices ». L’Égypte était aux
Anglais.
m. — La guerre du Soudan.
Ils n’eurent pas tout l’empire égyptien. L’expansion de cet
empire vers le Darfour l’avait mis en contact avec les pays
directement soumis à l’influence des confréries musulmanes
et surtout des Senoûsiya. Les fonctionnaires d’Ismaïl-pacha