LF.S CAUSES DE LA DÉCADENCE DU MÉTIER
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sont le plus grand danger du métier, car ils nécessi
tent la formation d’organes spéciaux d’adaptation
Combien de fois l’a-t-on oublié et on l’oublie encore
en disant que le métier sera ressuscité par l’art ! On
ne voit pas qu’à notre époque — où tout se modifie —
les goûts aussi subissent une transformation inces
sante. Ce qui plaît aujourd’hui sera délaissé demain,
pour être repris quelques années plus tard. C’est la
mode qui joue un rôle important dans la vie écono
mique. C’est d’elle que dépendra la misère ou la ri
chesse de régions entières, (les dentellières de la Flan
dre, par exemple souffrent beaucoup plus pendant les
années où la dentelle n’est pas à la mode que pen
dant d’autres) ; c’est elle qui décidera quelquefois du
taux de salaire. Ainsi, les salaires de la confection
furent pendant longtemps plus élevés à Paris, centre
de la mode, qu’à Berlin (1).
Devant l’importance économique de la mode, il est
regrettable que les économistes d’aujourd’hui traitent
ce problème de façon si superficielle. De même que du
temps des physioerat.es, on discute uniquement la ques
tion de savoir si le luxe est bon ou mauvais, oubliant
que le principal devoir de la science n’est pas taut
de donner des jugements que de trouver des lois et
des constances. Le luxe n’est ni bon ni mauvais, il
est une catégorie historique, en rapport avec toute la
vie sociale. Roscher avait déjà émis cette opinion si
juste, que le luxe d’un peuple sain est bon, celui d’un
peuple malsain, morbide.
(1) Julius Lessing. Der Modeteufel. Berlin, 1884 p. 38.