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ESSAI SUR L’INFLUENCE DU BAS PRIX DES BLÉS,
huent aussi très-largement aux charges publiques, et par consé
quent au paiement des intérêts qu’ils reçoivent, ils supporteraient
en dernier ressort une portion assez importante des contributions.
Et si nous évaluons rigoureusement la valeur des profits additionnels
répartis aux classes commerciales, nous reconnaîtrons qu eu dépit
d’une augmentation d’impôt elles gagnent encore à ces mouvements
économiques.
Quant au propriétaire, seul il en souffrirait, car il devrait payer
davantage non-seulement sans compensation immédiate et propor
tionnelle, mais encore avec une rente affaiblie.
Les créanciers de l’État et ceux qui vivent de revenus fixes pour
ront objecter légitimement que le poids de la guerre s est surtout
appesanti sur eux. La valeur de leur revenu s est en effet affaiblie en
raison du renchérissement des blés et d’une dépréciation de papier-
monnaie survenue à une époque où l’avilissement des fonds publics
avait fortement diminué la valeur de leur capital. Us ont eu grave
ment à souffrir aussi des récentes violations du fonds d’amortissement,
violations qui constituent la plus criante injustice, et qu’on,menace
d étendre au mépris des engagements les plus solennels. Le fonds
d’amortissement entre en effet dans les termes du contrat comme le
service des dividendes, et c’est méconnaître complètement les vrais
principes que d’en faire une source de revenus. C’est dans l’exten
sion de ce capital que nous devons placer les moyens de soutenir les
guerres futures, à moins cependant que nous ne soyons préparés à
abandonner le système entier des dettes fondées. Attenter au fonds
d’amortissement, c’est obtenir un secours passager par le sacrifice
d’avantages futurs considérables, c'est renverser de fond en comble
le système conçu par M. l’itt lorsqu’il créa ce fonds spécial. Il agit
alors avec la persuasion qu’un léger sacrifice actuel devrait conduire
à d’immenses résultats pour l’avenir. Nous avons été témoins des
bienfaits provoqués par sa détermination inflexible de ne jamais
porter atteinte au fonds d’amortissement. Au milieu même de notre
plus grande détresse financière, à une époque où le 3 p. 0/D était
descendu à 18, nous l’avons vu obéir à cette loi souveraine, et nous
ne saurions, je pense, hésiter à croire qu’il n’eût pas appuyé les me
sures qui ont été adoptées.
Pour reprendre cependant mon sujet, je terminerai en disant
quels seraient mes regrets si l’on accordait à des considérations par
ticulières, pour telle ou telle classe, le droit d’arrêter le développe
ment de notre richesse et de notre population. Si les intérêts des pro-