Object: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

176 LA GUERRE DE CRIMEE ET SES SUITES. 
du 14 au 18 septembre, elles furent débarquées sur la côte 
occidentale de la Crimée, à quelque distance au nord de 
Sébastopol, à Old-Fort. 
L’armée russe du prince Menchikof prit position entre 
ce point et Sébastopol, sur les bords et en arrière de la petite 
rivière de l’Alma. Saint-Arnaud lui livra bataille le 20 sep 
tembre. Ce fut une belle victoire : les divisions Canrobert 
et Bosquet enlevèrent avec une grande bravoure les rives 
escarpées de l’Alma, chassèrent les Russes de leurs retran 
chements, conquirent ainsi la route de Sébastopol. 
La ville est située sur le bord méridional d’un bras de 
mer assez allongé et étranglé à son entrée. Les alliés firent 
le tour de ce bras et de la ville et vinrent s’établir au sud 
de Sébastopol, sur le plateau de Chersonèse qui forme 
l’angle le plus avancé de la Crimée dans la mer Noire. 
Ils auraient pu aisément'enlever d’un coup de main la 
ville, assez mal pourvue de forts. Ils n’osèrent le risquer. 
Saint-Arnaud mourut le 29 septembre. Canrobert, qui lui 
succéda, manquait de décision. On perdit du temps. Les 
Russes purent prendre d’admirables dispositions défen 
sives, sous le commandement énergique des amiraux Nakhi- 
mof et Kornilof, et sous la direction extrêmement habile du 
lieutenant-colonel Todtleben. Ils coulèrent la flotte russe à 
l’entrée du bras de mer, et Sébastopol, tout au fond, fut à 
l’abri des canons des vaisseaux alliés. Ils élevèrent des 
retranchements au sud de la ville, et la solidité de la Tour 
Malakof et du Mamelon Vert fut bientôt fameuse. D’ailleurs 
il fut impossible aux Anglo-Français de bloquer complète 
ment Sébastopol ; elle resta par le nord en communication 
avec la campagne, où le prince Menchikof, à la tête d’une 
armée sans cesse renforcée, restait libre de ses mouve 
ments, et inquiétait sans cesse les assiégeants. Ainsi il 
leur livra, le 25 octobre, la bataille de Balaklava, où fut 
détruite dans une charge héroïque la brigade anglaise de 
cavalerie légère du comte de Cardigan. Il essaya encore de 
surprendre les Anglais à Inkermann, le 5 novembre : ils ne 
furent sauvés que par l’arrivée des zouaves du général Bos 
quet, et ils subirent encore de grandes pertes : un retran 
chement qui fut particulièrement disputé en garda le nom 
de « batterie de l’Abattoir ». Si les alliés n’avaient pas été 
maîtres de la mer, ils auraient été assiégés à leur tour. Du 
moins, dans de telles conditions, le siège de Sébastopol ne 
pouvait qu’être long et exiger des efforts considérables.
	        
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